Près d’un résident du Grand Montréal sur deux envisagerait de quitter la métropole pour s’installer dans une ville plus abordable, Sherbrooke et Trois-Rivières arrivant en tête des destinations convoitées. C’est ce que révèle un nouveau rapport de Royal LePage, qui souligne tout de même que l’accès à la propriété s’améliore dans la plupart des villes.
La pression immobilière à Montréal commence pousse un nombre significatif de résidents vers la sortie. Contrairement à la tradition, cette sortie ne se fait plus nécessairement vers la banlieue – qui est désormais presque aussi chère que la métropole. Plutôt, de nombreux ménages considèrent déménager dans des villes de taille moyenne situées ailleurs en province. Selon Royal LePage, 48% des personnes interrogées dans la région du Grand Montréal envisageraient d’acheter une résidence principale dans un marché où les prix sont moins élevés… si elles parvenaient à trouver un emploi sur place ou à travailler à distance.
Sherbrooke s’impose comme la destination de prédilection, attirant 29% des Montréalais qui songent à quitter. Trois-Rivières suit avec 25% des mentions. Loin derrière, Charlottetown récolte 7% des intentions, illustrant que les Montréalais ont tendance à regarder d’abord dans leur propre province, contrairement aux résidents de Toronto ou de Vancouver.
Phil Soper, président et chef de la direction de Royal LePage, tempère néanmoins l’ampleur du phénomène. «Si les Canadiens se montrent particulièrement mobiles en théorie, ils le sont nettement moins dans les faits», reconnaît-il. «Les opportunités professionnelles, les obligations familiales et les réseaux sociaux déjà établis constituent des freins importants.»
De Montréal et Québec, vers Sherbrooke et Trois-Rivières
Sherbrooke et Trois-Rivières figurent d’ailleurs dans les 15 villes les plus abordables au Canada. Selon l’indice d’abordabilité de Royal LePage, un ménage résidant à Sherbrooke devrait consacrer 28,9% de son revenu mensuel à son hypothèque. Trois-Rivières se positionne encore mieux, au 8e rang national, avec un ratio de 27,3%.
«Sherbrooke connaît actuellement un afflux important d’acheteurs en provenance de Québec et de Montréal», confirme Jean-François Bérubé, courtier chez Royal LePage Évolution EB. «De nombreux baby-boomers et retraités reviennent dans la région à la recherche d’un mode de vie plus calme, d’une résidence secondaire ou d’une propriété à la campagne.»
M. Bérubé ajoute que cet afflux exerce une pression à la hausse sur les prix locaux. «L’offre n’a tout simplement pas suivi le rythme de cet afflux, ce qui a déclenché un ajustement naturel du marché.»
À Trois-Rivières, la dynamique est similaire. «Depuis la pandémie, le marché local a connu un rattrapage nécessaire en termes de valeur immobilière, ce qui a réduit l’écart historique par rapport à la moyenne provinciale», explique Martin Leblanc, courtier chez Royal LePage Centre. La hausse soutenue des prix trifluviens a d’ailleurs fait reculer la ville dans le classement national par rapport à 2024, même si elle conserve une position enviable.
Des prix qui continuent de grimper
Cette envie ne surprend guère dans un contexte où les prix immobiliers montréalais poursuivent leur progression. Au premier trimestre de 2026, le prix de l’agrégat d’une propriété dans le Grand Montréal a atteint 645 800$, en hausse de 3,3% sur un an. L’unifamiliale détachée, le type de propriété le plus recherché par les familles, s’y négocie en médiane à 759 400$, une hausse de 6,1% en douze mois. Dans Montréal Centre, ce même type de propriété dépasse le million et quart : 1 242 900$.
Pour un premier acheteur qui doit constituer une mise de fonds, ces chiffres représentent un obstacle de taille. À titre de comparaison, la même somme investie à Sherbrooke permettrait d’acquérir une maison unifamiliale dont le prix médian s’établissait à 467 000$ au premier trimestre 2026 — soit environ 60% de moins qu’à Montréal Centre.
Du côté de l’APCIQ, les données du mois de mai montrent que les prix continuent d’augmenter dans le Grand Montréal, même si le marché semble se stabiliser après la folie des dernières années.
L’accès à la propriété s’améliore… sauf à Québec
Notons que Gatineau et la ville de Québec, qui figuraient toutes deux parmi les 15 villes les plus abordables du Canada en 2024, ont disparu du classement en 2026. La ville de Québec constitue même le seul marché au pays à avoir enregistré une détérioration de son indice d’abordabilité depuis deux ans. Un reflet direct de la flambée des prix qui fait de la capitale nationale le marché le plus dynamique du pays depuis huit trimestres consécutifs.
À l’échelle du pays, 61 des 62 marchés étudiés ont vu une amélioration du taux d’abordabilité. Les prix reculent un peu partout au Canada, ou bien stagnent si bien que les salaires peuvent tranquillement les rattraper.
N’empêche, Québec demeure plus abordable que Montréal. Le mois dernier, Royal LePage notait d’ailleurs une tendance où les Montréalais quittent de plus en plus la métropole pour la Capitale nationale.
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