Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

Tarissement anticipé de directeurs d’école

Leduc-Frenette Samuel - TC Media
La semaine dernière, 1000 directeurs d’école ont « sonné l’alarme » quant au manque de relève anticipé dans leur profession. Stéphane Gemme, qui est directeur de l’école secondaire Jean-Grou depuis l’année dernière, croit que les conditions de travail des cadres scolaires devraient être améliorées.

« Les directeurs gagnent dix dollars de plus que les enseignants par jour et travaillent en moyenne 3 h de plus par jour. En plus, on perd nos vacances qui sont incluses dans notre salaire. Ce n’est pas un travail où on peut mettre la clé dans la porte le 5 juillet et revenir au début du mois d’août », souligne d’entrée de jeu M. Gemme, qui pratique cette profession depuis 12 ans.

Pour démontrer à quel point on ne se bouscule pas au portillon, il mentionne le fait que la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPÎ) forme une banque d’une vingtaine de candidatures pour des postes d’adjoints chaque année. Or, « ces vingt-là sont engagés en cours d’année. Aussitôt qu’ils sont bons, ils passent d’adjoint à directeur. » Les réserves se tarissent donc très rapidement, ce qui force les établissements scolaires à être perpétuellement en mode recherche.

Selon lui, l’une des principales entraves à l’accès à cette profession demeure le salaire. «Quand l’échelle salariale ne suit pas, on perd de bons candidats », estime-il. Par exemple, un enseignant qui ferait deux périodes de suppléance par semaine atteindrait un salaire égal à celui d’un directeur adjoint.

Les solutions à envisager

La hausse du salaire du personnel cadre des écoles serait ainsi l’une des principales solutions afin d’attirer de nouvelles recrues.

Par exemple, un directeur adjoint dans une école comparable à Jean-Grou et un enseignant, tous deux au dernier échelon salarial, gagnent respectivement 83 845 dollars et 71 234 dollars par année. Ce qui équivaut à un écart d’un peu plus de 12 000 dollars.

Toutes les entreprises offrent des salaires beaucoup plus élevés à leurs cadres qu’à leurs employés, juge M. Gemme. Une situation qu’on voit partout, sauf dans les écoles.

« Encore là, je ne dis pas que les enseignants devraient être moins bien payés, rajoute-t-il aussitôt. Ils font un travail énorme. »

Une autre solution pourrait passer par l’ouverture de plus de postes de cadres. « De revoir le nombre d’adjoints pourrait aussi être quelque chose d’intéressant, mentionne-t-il. Tout le monde a besoin d’une tape dans le dos et de se faire remercier pour ce qu’il fait. »

Sauf que cette solution risque de ne pas faire l’unanimité au sein de la population. Les gens vont dire qu’on a davantage besoin d’employés de soutien comme des psychologues que des directeurs, mais ça prend une bonne direction. Ça prend du temps pour faire le suivi de ses employés, admet-il.

Une autre solution réside aussi dans une plus grande valorisation de la profession. M. Gemme croit que les directeurs devraient mettre davantage en valeur leur rôle et les actions qu’ils posent quotidiennement pour les élèves.

« C’est un peu pour ça que la semaine est lancée. Tout ce que la société veut développer, ça passe par le directeur d’école. »

La première semaine des directions d’établissement scolaire, lancée par l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE) et l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), avait lieu du 16 au 22 octobre.

Le rôle méconnu des directeurs d’école

M. Gemme considère que le travail du directeur est très exigeant. Officiellement, ceux-ci font 35 h par semaine. Mais officieusement, c’est bien plus. M. Gemme dit se lever à 4 h 30 chaque matin et travailler de chez lui jusqu’à 7 h. Arrivant à 8 h 30 à l’école, il quitte l’établissement vers 18 h ou 18 h 30.

« Il faut s’occuper de tous les menus détails. Pendant ce temps-là, on ne fait pas de pédagogie, déplore-t-il. Les gens ne s’imaginent pas tout ce qu’il y a à faire.

« Après ça, il y a tout le volet social, comme les activités parascolaires. Si on n’offre pas des activités de qualité, on n’attirera pas les élèves. »

Les directeurs doivent s’assurer d’accueillir les nouveaux élèves et de les intégrer parmi les autres.

Il doit aussi prévenir la violence, dans une école qui a traditionnellement souvent reçu la visite des policiers. « Oui, cette année, il y a eu un incident au poivre de Cayenne, dit-il, alors qu’une enseignante en a été incommodée. Mais depuis plusieurs années, la violence a diminué dans le secteur. »

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