« Je réfléchis à la démocratie depuis de nombreuses années, et il y a beaucoup de choses qui me fatiguent », dit M. Richard. Selon lui, il y a deux problèmes majeurs actuellement : d’abord, il y a un faible taux de participation aux urnes lors des élections. Or, laisse-t-il entendre, la démocratie est en mauvaise santé lorsque les gens commencent à s’en désintéresser.
« Si tu avais été Athénien, tu aurais voté 40 fois dans l’année, donne-t-il comme exemple. Il y a d’autres places dans le monde où les gens se battent pour la démocratie. »
Ensuite, il y a une « espèce de désabusement ou de manque de confiance » qui caractérise tout le processus démocratique en général et la classe politique en particulier.
« On a peut-être besoin de se pencher sur ce qu’est la démocratie », clame-t-il, avant de rappeler l’idée de base de la démocratie populaire, qui consiste en un « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
Le système électoral uninominal à un tour, ou ce que les pays à l’héritage politique britannique appellent communément le first past the post, est aussi selon M. Richard un facteur de désabusement de la population vis-à-vis du politique.
« Le problème avec le first past the post, c’est que tu peux avoir quelqu’un qui est élu avec moins de voix que les autres, avance-t-il. Un gars peut arriver à 30 %, et les trois autres se partagent le reste des 70%.
« Ce système-là est conçu pour un système où il y a deux partis. […] À partir du moment où il y a plus de partis, tu te ramasses avec un problème. »
Que faudrait-il donc faire pour améliorer ce système? Selon M. Richard, il faut non pas réduire le nombre de partis comme certains le voudraient, mais plutôt introduire une certaine dose de proportionnalité dans les suffrages.
« Là tu aurais une représentation correcte de la population, des différentes tendances de la population. […] C’est plus respectueux des idées du peuple, et ça oblige les différentes tendances à négocier entre elles. »
Cette proportionnalité pourrait être mise en application comme en Allemagne, dont il cite les listes électorales en exemple. Ainsi, dès qu’un parti politique obtient le seuil minimum de votes, il peut envoyer au parlement une députation proportionnelle aux votes qu’il a récoltés.
Une conférence ouverte à tous
M. Richard est invité par la SHRDP afin de prononcer une conférence destinée à tous les publics, qu’il soit érudit en la matière ou non. L’homme, pédagogue et historien de formation, a passé sa vie professionnelle dans le milieu de l’éducation. Il se dit certain de savoir comment vulgariser un concept aussi large que celui de démocratie.
En une heure et 15 minutes, il prévoit faire un survol historique de l’évolution de la démocratie. Il commencera avec la vie politique athénienne, là où la démocratie directe est historiquement considérée comme le creuset de la démocratie moderne. Il passera ensuite du côté de Rome, à l’époque de la république, avant de faire un bond dans le temps et l’espace pour se retrouver en Amérique.
Il s’attardera au système matriarcal iroquoien, à la politique dans les colonies américaines et au début du parlementarisme au Canada après l’arrivée des loyalistes américains.
« Je veux laisser le monde en réflexion. […] Mais je n’essaierai pas de le convaincre.
« Les gens peuvent penser autre chose. C’est ça, la démocratie, de conclure M. Richard. Un enseignant, sa job, c’est d’amener les gens à se poser des questions, et leur donner des outils pour y parvenir. »
Se référant au succès obtenu lors de l’inauguration du parcours historique de Rivière-des-Prairies, la SHRDP espère que beaucoup de Prairivois répondront encore une fois à l’appel de l’histoire.