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Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

Le patrimoine religieux en péril

Leduc-Frenette Samuel - TC Media
En poste depuis un peu plus d’un an, Fernand Beaulieu, le curé de la paroisse Saint-Joseph de Rivière-des-Prairies, lancera une campagne pour financer la réfection de la toiture de son église le 6 novembre prochain. Coûts de la remise à neuf : 400 000 $, dont 120 000 $ que l’église et les paroissiens devront puiser directement dans leurs poches.

« On ne se le cachera pas, il y a de moins en moins de gens qui fréquentent régulièrement les églises, dit M. Beaulieu. Avec le vieillissement de la population, ceux qui meurent ne sont pas nécessairement remplacés par d’autres. » Une désaffection qui, manifestement, remonte déjà à plusieurs décennies.

Il n’empêche que l’usure continue de s’abattre sur l’édifice construit en 1875, et qu’aux travaux annuels s’ajoutent certains gros ouvrages comme le remplacement partiel du toit.

« D’après ce qu’on m’a dit, il y a eu à un moment des fuites. Et c’a été réparé à ce moment-là, affirme-t-il. Mais il est devenu nécessaire d’intervenir… de ne pas juste faire des réparations. »

Selon M. Beaulieu, cela fait deux ou trois ans que le projet est dans l’air. On n’attendait plus qu’un appui financier extérieur afin de réduire le fardeau de la communauté, mentionne-t-il. Ce qui fut fait lorsque le Conseil du patrimoine religieux du Québec a décidé de délier sa bourse.

L’organisme gouvernemental a accepté de financer 70 % du projet évalué à 400 000 $. Bien que les 280 000 $ soient accueillis avec enthousiasme, il manque toujours 120 000 $. Qui plus est, l’église doit posséder un bon fonds de liquidité, car l’organisme ne fait pas de chèque en blanc. Il rembourse plutôt 70 % du montant de toutes les factures fournies par la paroisse.

Le Conseil du patrimoine religieux du Québec soumet aussi l’église à certaines normes sévères. Ainsi, une firme d’architectes devra être embauchée afin de faire les plans et devis. Le style de la toiture devra aussi respecter en tous points le style d’origine. La vieille tôle à la canadienne sera remplacée par de la neuve.

Des finances précaires

Les finances de l’église, qui ne sont plus tributaires de la dîme—sorte d’impôt sur le revenu jadis prélevé par l’Église—, sont maintenant dépendantes de la générosité des paroissiens.

La quête hebdomadaire permet à l’église de récolter de 650 $ à 700 $. « On a à peu près 3% de la population qui vient le dimanche, donc c’est sûr que c’est pas juste par là qu’on va rejoindre les gens, indique-t-il. Si tout le monde s’y mettait, ça serait une peanut 3 $ par personne. »

« Avant ça, tu faisais un souper paroissial et tout le monde s’y garochait, lance-t-il. Ceux qui viennent aux célébrations ont l’occasion de faire des offrandes semaine après semaine. Mais on ne peut pas faire vivre la paroisse avec uniquement les funérailles et les mariages. »

C’est pour cette raison que le curé et certains des paroissiens lancent une campagne de financement exceptionnelle. « On espère toujours que ça va marcher, dit-il. Ça dépend des milieux. Il y a des milieux où ça répond généreusement. Ça fait un an que je suis ici, et c’est la première fois que je dois parler d’argent. »

Durant la fin de semaine des 5 et 6 novembre, une banderole du Conseil du patrimoine devrait être exposée sur le fronton de l’église.

« On a aussi un thermomètre qu’on va fabriquer, d’ajouter M. le curé. À mesure que les fonds vont rentrer, on va faire rougir le thermomètre. »

Le feuillet paroissial, sorte de bulletin d’information sur les actualités paroissiales, pourrait même être tiré à plus grande échelle. Remis aux portes de l’église, M. Beaulieu songe à en distribuer une partie aux portes des Prairivois.

« Je ne voudrais pas que le projet avorte parce qu’on n’est pas capables de payer notre partie, évoque-t-il avec crainte. À partir du moment où l’édifice prend l’eau, ce n’est pas long que ça dépérit. »

Il a tout de même espoir que son église pouvant accueillir 350 fidèles puisse survivre à cette tempête. Une tempête qui n’est pas prêt de s’estomper, puisque les fenêtres, qui sont autant sinon plus abîmées que la toiture, devront tôt ou tard être remplacées.

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