La fin d’une époque. Le 12 mai dernier, la salle Quilles G Plus située sur la rue Allard dans le quartier Émard fermait ses portes. Cette fermeture a sonné l’heure de la retraite pour Gilles Giguère, qui a été gérant de l’endroit pendant 42 ans.
Pour souligner cette date, sa fille Julie, son fils André ainsi que ses amis Yvon Séguin et Raymond Vaudeville ont organisé un événement de reconnaissance qui a pris la forme d’un tournoi hommage. Ils étaient nombreux à s’être donné rendez-vous pour saluer l’homme.
Gilles Giguère, 68 ans, en avait tout juste 16 quand il a mis les pieds pour la première fois dans la salle qui avait pignon sur rue depuis 1958. C’était alors le Salon de quilles Ville Émard. «J’étais un joueur. J’aimais l’endroit, j’aimais les gens», se remémore-t-il. En 1970, alors qu’il était gérant dans une épicerie, il est embauché au salon à temps partiel. «Je travaillais à la salle de quilles en sideline deux, trois jours par semaine comme assistant-gérant», se souvient-il. Au bout de deux ans, il en est devenu le gérant.
Longtemps il a travaillé sept jours semaine, des semaines de 70 heures. «Il faut aimer le public», dit-il. «Je n’allais pas travailler. J’allais rencontrer des amis». Comme il le dit, «une vie à travailler quand on n’aime pas ce qu’on fait, c’est long».
«Sa plus grande qualité, c’est d’être généreux, de donner plus que demander et d’aider ceux dans le besoin», a souligné son fils André.
Le salon a donc fermé ses portes. Gilles Giguère a assisté au fil des ans à la baisse de popularité de ce loisir. «Cent allées de quilles ferment chaque année au Québec», dit-il. Sur la rue Allard, la perte de vitesse s’est accélérée au cours des cinq dernières années. «Il n’y avait plus de jeunes dans la salle. Il n’y avait pas de relève», explique M. Giguère. À un moment, c’était le terrain de jeu de 35 ligues. À la fin, il n’y en avait plus que 14, mentionne celui qui était responsable de six ligues regroupant 360 joueurs.
Le plus beau souvenir de ces 42 années? «La journée de reconnaissance du 12 mai. Ça m’a touché, confie Gilles Giguère. Le salon était plein.»
Ce qui va lui manquer? «Mes amis», dit-il sans hésiter. «Pas les clients mais mes amis», comme il les appelle affectueusement.
L’homme entend goûter une retraite pleinement méritée. «Je vais en profiter un peu», dit-il. «Cet été, je vais jouer au golf», prévoit déjà celui qui adore également la lecture.