Le 7 février, le ministère des Transport du Québec tenait une seconde consultation publique dans le cadre du projet de reconstruction de l’échangeur Turcot. On soumettait différents scénarios d’aménagement paysagers des abords de l’autoroute dans le secteur Côte-Saint-Paul sur lesquels les citoyens sont appelés à voter. Un exercice que les deux partis d’opposition à l’hôtel de ville, la coalition Mobilisation Turcot, le Regroupement économique et social du Sud-Ouest et des citoyens ont dénoncé. Tous auraient souhaité que la population puisse se prononcer sur les aspects fondamentaux du projet.
Dans une salle adjacente à celle retenue par le MTQ pour la consultation, au centre Saint-Zotique, Mobilisation Turcot tenait son propre sondage. On invitait les citoyens à voter pour différents scénarios alternatifs.
En point de presse, la porte-parole de Mobilisation Turcot, Shannon Franssen, a qualifié les propositions du MTQ de «greenwashing» face aux esquisses dominées par les espaces verts, les jardins communautaires, les aires de jeu. «On sait que ces images ne sont pas réalistes», a-t-elle critiqué. La consultation ne porte pas sur la conception du futur échangeur. «On n’a pas considéré le problème d’intégration urbaine», a déploré Mme Franssen.
Le MTQ prévoit aménager 300 000 mètres carrés de nouveaux espaces verts près de la future infrastructure routière.
Le projet est avancé et le maire de l’arrondissement du Sud-Ouest, Benoit Dorais, ne se berce pas d’illusions, parlant de «rouleau compresseur». «Fondamentalement, le projet ne sera pas changé», a-t-il commenté. Mais lui aussi, mentionnant que l’on n’aborde que des éléments mineurs, aurait souhaité une consultation sur des enjeux de fond. M. Dorais a soutenu qu’il y avait là un détournement du sens des recommandations formulées par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Il a rappelé que le BAPE a recommandé «que les riverains du projet soient consultés à l’étape de la conception des mesures d’atténuation des nuisances pour en assurer une insertion urbaine appropriée».
Vice-président au développement stratégique au Regroupement économique et social du Sud-Ouest (RESO), Guy Biron estime que le MTQ, qui dépensera 3 milliards de dollars pour la reconstruction, «aurait pu essayer d’imaginer des scénarios intéressants». «On espérait quand même qu’à la lumière des recommandations du BAPE, le MTQ prendrait la peine de consulter la population en amont du processus», a-t-il dit.
Le directeur général du RESO, Pierre Morrissette, a dénoncé la proposition du MTQ «d’aménager des parcs de jeux pour enfants, des jardins communautaires et des aires de détente pour personnes âgées directement adossés au mur/remblais de l’autoroute où plus de 300 000 véhicules transitent quotidiennement, laissant sur leur passage émanations toxiques, poussières et bruits dépassant les limites permises pour la santé des gens».
«Il est inconcevable et irresponsable que le MTQ fasse ce genre de proposition alors que dans les derniers mois, le directeur de la santé publique de Montréal déclarait qu’il a été démontré scientifiquement que dans un rayon de 200 mètres d’une autoroute, il y a des risques élevés pour la santé des jeunes enfants et des personnes âgées», a ajouté la présidente du RESO, Véronique Olivier. La conseillère de Projet Montréal, Sophie Thiébaut, a également exprimé de sérieuses inquiétudes à l’égard des questions de santé.
«La vision du 21e siècle du MTQ, je trouve ça parfaitement ridicule», a pour sa part lancé l’environnementaliste Daniel Breton. La présidente de l’association du Parti québécois de Saint-Henri–Sainte-Anne, Gabrielle Lemieux, a aussi dénoncé l’exercice par voie de communiqué de presse. « Théâtre de discussions superficielles sur des questions comme le type de végétation qui poussera à proximité de l’échangeur, cette consultation doit dorénavant permettre des débats sur les réels enjeux concernant la reconstruction de Turcot, comme le développement du transport en commun, la réduction de la pollution qui menace la santé de nos enfants et de nos aînés ou encore les façons de réduire l’enclavement de certains quartiers et édifices», a-t-elle déclaré.
S’il soumet divers scénarios, le MTQ a réitéré son ouverture face aux propositions de la population. D’où la tenue de cette consultation, qui se poursuit sur internet jusqu’au 15 mars.