C’est à cet endroit que tout a commencé. C’est là qu’ont été érigées les premières tanneries, la première chapelle-école. C’est le lieu de naissance de Saint-Henri. Aménagée sur l’esplanade du complexe d’habitation La Tannerie situé à l’angle des rues De Courcelle et Saint-Jacques, la Place des mémoires, inaugurée le 9 décembre, vient nous le rappeler de superbe façon.
L’immeuble a été construit à l’endroit où les tanneries, premières présences humaines dans Saint-Henri, l’ont été dès les années 1680, a expliqué le président de la Société historique de Saint-Henri, Guy Giasson. La première chapelle-école y a vu le jour en 1810. Ce site symbolique a par la suite accueilli les trois églises de la paroisse Sainte-Élisabeth-du-Portugal. C’est en 2007 que la dernière en date a été ravagée par un incendie. «C’est un lieu incontournable. Il fallait faire quelque chose», a rappelé M. Giasson.
Suite à la disparition de l’église et son remplacement par un immeuble résidentiel, l’arrondissement a exigé des constructeurs que leur projet inclut des éléments commémorant l’importance historique du lieu. C’est la Société historique de Saint-Henri qui a reçu le mandat d’accompagner les promoteurs dans l’élaboration de ce volet. «Une occasion inespérée de remplir notre mission qui est de faire connaître l’histoire et le patrimoine de Saint-Henri», a indiqué Guy Giasson.
Le résultat dépasse de loin l’habituelle plaque de bronze. Située à l’extérieur, tout juste à l’entrée de l’immeuble, cette Place des mémoires réutilise en effet des éléments rappelant la dernière église détruite par les flammes. On a remis en état la magnifique mosaïque de Sainte-Élisabeth, une œuvre réalisée par les artistes Poggi et Vau. Le projet a aussi prévu la reconstitution des portes de l’église. On envisage par ailleurs l’utilisation dans le futur aménagement paysager d’une section de l’ancienne clôture qui longeait la rue De Courcelle.
On a aménagé sur l’esplanade un «trottoir des mémoires». Il comprend l’insertion au sol de plaques d’aluminium rappelant 14 dates importantes de l’histoire de Saint-Henri.
Et, pièces centrales de cette place, il y a les deux grandes vitrines extérieures. Elles renferment des panneaux d’interprétation préparés par la société historique. Les textes ainsi que les quelque 60 photos tirées des archives de la société nous renseignent sur l’histoire du lieu et du quartier. Ces vitrines proposent donc une exposition permanente tant aux passants qu’aux résidents de l’immeuble.
Leur contenu sera modifié périodiquement grâce au soutien financier des copropriétaires, a indiqué M. Giasson. Cet aspect est prévu dans la convention de copropriété, a précisé la chargée de projet chez Construction Marton, Danielle Poitras. Des fouilles menées au lendemain de l’incendie ont permis de faire des trouvailles que l’on pourra voir éventuellement exposées dans ces vitrines, a par ailleurs confié Mme Poitras.
La barre est placée haut
«C’est la première fois qu’un aussi vaste projet de commémoration historique voit le jour dans notre arrondissement», a souligné avec satisfaction la conseillère municipale et présidente du comité consultatif d’urbanisme, Véronique Fournier.
«C’est une première dans l’arrondissement de le faire d’aussi grande façon», a commenté Guy Giasson. «On a placé la barre très haut.»
«On se donne des outils pour faire plus et mieux dans le futur», a mentionné Mme Fournier, heureuse de voir cette place accessible à tous. «On se donne collectivement un lieu de mémoire», a-t-elle dit. «Ce qui est magnifique, c’est que ça touche les domaines public et privé.»
La conseillère a vivement salué cette place commémorative. «Une ville, ça se reconstruit sur elle-même, a-t-elle rappelé. On la reconstruit sur le même site. Ça doit se faire en continuité avec le passé.»