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Les passeurs préfèrent faire partir les migrants de Tunisie plutôt que de Libye

Sauvetage de migrants par l'ONG SOS Méditerranée au large de la Libye

Sauvetage de migrants par l'ONG SOS Méditerranée au large de la Libye.

La rédaction - Agence France-Presse

L’Italie assiste à une hausse d’arrivées de «bateaux fantômes» transportant des migrants, les réseaux de passeurs semblant avoir changé de tactique et préférant désormais les faire partir de Tunisie plutôt que de Libye, a souligné samedi un procureur italien.

Sur les 6623 personnes arrivées en Italie depuis début 2019, environ 5500 y sont parvenues d’une façon autonome, c’est-à-dire en réussissant à atteindre la côte ou à accoster sans être repérées ou avoir besoin d’une assistance, selon le quotidien La Repubblica.

«Nous commençons à voir non seulement des Tunisiens mais aussi des Subsahariens à bord d’embarcations qui arrivent d’une manière autonome», a déclaré le procureur d’Agrigente Salvatore Vella dans une interview au quotidien La Stampa.

«Nous pensons qu’il y a de nouveaux itinéraires, non plus à partir de la Libye, mais de la Tunisie, où la traversée de la mer est plus facile et peut être accomplie à bord de petites embarcations, avec un minimum de risques», a-t-il ajouté.

Le procureur a qualifié de «voyages en classe business» ces traversées d’une durée relativement courte de 14 à 16 heures, car elles sont effectuées à bord de bateaux rapides.

Le nombre d’arrivées en Italie en septembre a été plus élevé que celui enregistré durant la même période en 2018, selon les données du ministère de l’Intérieur.

Un total de 108 demandeurs d’asile sont arrivés sur l’île de Lampedusa dans la nuit de vendredi, à bord d’une embarcation en bois et d’un petit bateau.

Selon des experts, cette hausse ne serait pas liée à l’entrée en fonction en Italie d’un nouveau gouvernement et à la réouverture des ports italiens aux navires d’ONG secourant des migrants en mer.

Relativement peu de personnes sont parties en septembre des côtes libyennes alors qu’un vaisseau d’une association secourant les migrants patrouillait dans la zone, a ainsi relevé Matteo Villa de l’Institut d’études politiques internationales (IPSI).

Les passeurs semblent avoir changé de stratégie, et préfèrent partir de Tunisie plutôt que de Libye. La traversée à partir de la Libye est notoirement dangereuse, avec un taux de mortalité estimé à une personne sur dix, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Les garde-côtes libyens interceptent en outre un nombre croissant de bateaux de migrants.

«Actuellement il n’y a plus seulement des groupes de Tunisiens qui s’organisent eux-mêmes et utilisent de petits bateaux, mais aussi des groupes puissants de trafiquants libyens et d’Afrique centrale», a expliqué la journaliste de La Repubblica Alessandra Ziniti, spécialisée dans les migrations.

«Des colonnes de véhicules et de camionnettes passent la nuit entre la Libye et la Tunisie au moment où les garde-frontières détournent le regard», a-t-elle affirmé.

Les ministres de l’Intérieur français, allemands, italiens, maltas et finlandais (pays qui préside actuellement le Conseil de l’Union européenne) doivent se réunir lundi à La Valette pour tenter de mettre en place un mécanisme de répartition des migrants.

Celui-ci ne s’appliquera toutefois pas à ceux qui arrivent discrètement à bord des «bateaux fantômes».

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