La conférence de presse annuelle de Vladimir Poutine a duré 4 h 03 min. Friand de coups de théâtre, il a annoncé qu’il accordait sa grâce à Mikhaïl Khodorkovsky, son ennemi juré. La flamme olympique de Sotchi brille de tous ses feux au-dessus du Kremlin.
L’opposant politique est sorti vendredi de sa cellule 10 ans après y être entré pour «escroquerie et fraude fiscale».
Dans la foulée, Poutine a accordé sa clémence aux militants de Greenpeace incarcérés après un coup d’éclat en septembre contre une plateforme pétrolière russe. Il n’a pas oublié d’amnistier deux membres du groupe contestataire féministe Pussy Riot condamnées aux travaux forcés pour avoir chanté une «prière punk» contre lui dans une cathédrale de Moscou.
Ces amnisties font partie d’un «paquet cadeau» dans lequel 20 000 prisonniers de droit commun vont être libérés pendant la période des Fêtes. Cette série de pardons ne tombe pas du ciel. Depuis son retour au Kremlin l’an dernier, Poutine est soucieux de respectabilité. Pour lui d’abord. Pour la Russie ensuite. Il fallait donc polir les deux images, à 46 jours des Jeux olympiques d’hiver – son rêve pharaonique de 50 G$.
Depuis le début de son troisième mandat présidentiel, Poutine a cimenté son contrôle sur la société civile, éprise d’ordre et de stabilité dans un pays près de deux fois plus grand que le Canada.
Il a aussi permis la renaissance géopolitique de la Russie post-soviétique. Pour lui, l’implosion de l’URSS a été «la plus grande catastrophe du XXe siècle».
Dans le dossier de l’arsenal chimique syrien, Poutine a convaincu son ami Bachar el-Assad de le démanteler, coupant ainsi l’herbe sous le pied de Washington et de Paris qui brûlaient d’envie d’intervenir militairement.
De manière générale, il est en train de devenir la figure de proue de la lutte contre l’«impérialisme» américain.
Il s’est même illustré cette année en accueillant à bras ouverts Edward Snowden, l’ex-informaticien de la NSA, à l’origine des fuites sur les programmes américains de surveillance de l’internet.
Avec ce pied de nez à Washington, Poutine veut montrer qu’il est soucieux des droits de la personne, même si en réalité il ne se soucie guère des libertés civiles.
Le magazine américain Forbes ne s’est pas trompé. Vladimir Vladimirovitch Poutine a été en 2013 l’homme le plus puissant du monde, détrônant Barack Obama.
Si la Russie n’est pas devenue une dictature, elle est certainement une «démocratie dirigée», avec un président pouvant se représenter à vie tant qu’il n’effectue pas plus de deux mandats consécutifs.
Dans son édition du 26 septembre 2011, Novaïa Gazeta, le quotidien le plus farouchement opposé au nouveau tsar russe, avait en première page un titre qui en disait long : «V. V. Poutine 2012-2024?»
