MONTRÉAL — Marie-Ève Dicaire n’en fait pas une obsession, mais elle sait qu’elle a rendez-vous avec l’histoire, samedi, alors qu’elle tentera de ravir le titre des super-mi-moyennes de l’International Boxing Federation (IBF) à l’Uruguayéenne Chris Namus.
La boxeuse de Saint-Eustache, qui a une fiche parfaite de 13-0, pourrait ainsi devenir la première boxeuse de la Belle Province à mettre la main sur une ceinture de championne.
«Je ne peux pas croire qu’il ait fallu attendre à 2018 pour qu’on ait une championne du monde au Québec», a-t-elle déclaré à La Presse canadienne de Québec, où elle complète sa préparation en vue de son combat qui sera présenté en marge du choc Stevenson-Gvozdyk, au Centre Vidéotron.
«Je sais que c’est un domaine très difficile pour les femmes, mais il y a de plus en plus d’ouverture: j’en suis la preuve avec Yvon (Michel) qui m’a donné ma chance. De mon côté, ça me donne la tape dans le dos supplémentaire dans les moments difficiles. Ça me dit que je n’ai pas le droit d’abandonner, car je suis la première et je me dois d’abaisser ces barrières, repousser ces limites. C’est une source d’inspiration pour moi.»
Danielle Bouchard, en 2008, et Vanessa Lepage-Joanisse, en 2017, ont toutes deux livré un combat de championnat du monde, sans succès. Pour Dicaire, c’est l’effort mis en amont qui lui garantira un résultat positif.
«Avec Jean-François Ménard, mon psychologue sportif, on se concentre sur la marche à suivre, pas sur le résultat. Alors je sais que si je boxe à la hauteur de mon talent, que j’applique la stratégie et que je respecte le plan de match, il n’y a aucune façon qu’elle puisse l’emporter, a mentionné Dicaire. Je me concentre vraiment là-dessus, bien plus que sur le fait de remporter la ceinture.»
Namus (24-4, 8 K.-O.) défendra pour la deuxième fois sa ceinture acquise en août 2017. Son dernier combat remonte à octobre de la même année. Non pas qu’elle ait été blessée, mais elle a plutôt vu trois affrontements prévus être annulés.
«Je vois ça un comme un avantage et c’est l’une des raisons pour lesquelles on a fait les choses comme ça, a déclaré Dicaire, qui en sera à son cinquième combat en moins d’un an. Plus je suis active, plus je suis ‘sharp’ dans le ring. Il y en a pour qui c’est demandant au niveau de l’énergie. Ce n’est pas mon cas. On gagne beaucoup plus à être actif. Peut-être que de son côté, elle dira qu’elle est davantage reposée. Moi je pense qu’un rythme de combat est bien meilleur pour te préparer qu’un rythme de camp d’entraînement.»
Dicaire croit aussi avoir une autre carte dans son jeu.
«Elle n’a jamais affronté de gauchère, et c’est clair que ça joue en ma faveur, a-t-elle noté. La distance gauchère-droitière est très différente. Les coups qu’on a à surveiller sont différents: la main arrière devient le jab. Si on n’a pas l’oeil pour ça… Je ne sais pas qui ont été ses partenaires d’entraînement — elle a parlé de Cecilia Braekhus, mais elle est droitière —, mais si elle n’est pas prête pour ça, ça peut tourner à mon avantage.»
Adonis négligé, mais confiant
Même si les preneurs aux livres d’un peu partout sur la planète le considèrent comme le négligé pour sa défense de titre des mi-lourds du World Boxing Council (WBC) contre Oleksandr Gvozdyk (15-0, 12 K.-O.), Adonis Stevenson (29-1-1, 24 K.-O.) était quant à lui très confiant à quelque 48 heures du début des hostilités.
Celui qui tentera de conserver sa ceinture acquise face à Chad Dawson en juin 2013 pour la 10e fois a d’ailleurs rappelé à son aspirant obligatoire que tous ceux qui se sont présentés devant lui jusqu’ici avaient échoué.
«Tout le monde vient au Canada dans le but de prendre ma ceinture, a-t-il déclaré lors de la conférence de presse de jeudi. Mais ça n’arrive tout simplement pas.
«Samedi, ce sera un excellent combat. Je n’ai pas sous-estimé mon adversaire. Je sais qu’il est affamé. Mais je vise le K.-O.»
L’entraîneur de Stevenson, Sugar Hill, a rappelé que son protégé n’est pas qu’un simple cogneur.
«Bienvenue à la boxe de haut niveau, a-t-il lancé à l’endroit de l’Ukrainien de 31 ans, médaillé de bronze des Jeux olympiques de Londres. Je sais ce qu’Adonis va faire samedi. C’est un boxeur plus complet que les gens croient. Il faudra l’arrêter pour lui ravir sa ceinture. Ce ne sera pas facile.»
Les propos de Hill n’ont toutefois pas ébranlé le clan Gvozdyk.
«J’ai beaucoup de respect pour Adonis Stevenson. C’est un grand boxeur, l’a louangé Gvozdyk. Mais samedi, il y aura un nouveau champion.»
Trois autres ceintures seront à l’enjeu samedi. Mikaël Zewski (31-1, 22 K.-O.) se mesurera à Aaron Herrera (35-8-1, 24 K.-O.) pour le titre WBC international des mi-moyens. Les Québécois Shakeel Phinn (19-2, 13 K.-O.) et Dario Bredicean (17-0, 5 K.-O.) tenteront quant à eux de mettre la main sur le titre intercontinental des super-moyens de l’IBF.
Finalement, Osacar Rivas (24-0, 17 K.-O.) et Fabio Maldonado (26-0, 25 K.-O.) en viendront aux prises pour la ceinture des lourds de la North American Boxing Federation (NABF).