

Dans un match digne d’une finale, l’Allemagne a eu le dernier mot face à la France à l’issue des tirs de barrage (1-1, 5 tirs au but à 4), en quarts de la Coupe du monde féminine de soccer, vendredi au Stade olympique.
Première au classement de la FIFA, l’Allemagne jouera en demies contre les États-Unis, deuxièmes, mardi à 19h à Montréal. Les Américaines ont éliminé les Chinoises par le plus petit des écarts (1-0), vendredi soir à Ottawa.
Un an après l’équipe masculine, c’est donc au tour de l’équipe féminine allemande d’éliminer la France en quarts du Mondial de soccer.
Sauf que cette fois-ci, la qualification a été beaucoup plus compliquée à obtenir. Alors qu’il restait moins de 10 minutes à faire, l’attaquante allemande Celia Sasic a permis à son équipe de survivre dans le match en marquant sur un tir de pénalité. La défenseure française Amel Majri avait été jugée fautive d’une main dans la surface de réparation.
La France avait ouvert la marque 20 minutes plus tôt, sur un tir dévié de Louisa Necib, convertissant au pointage une heure de domination.
«Ç’a été un match difficile pour nous aujourd’hui, a concédé l’entraîneure allemande Silvia Neid, après la rencontre. Nous n’avons pas été bonnes en un contre un. On a dû courir après le ballon. Mais en deuxième demie, nous nous sommes battues. Notre équipe a montré son caractère.»
«En deuxième mi-temps, on a prouvé qu’on ne perdait pas comme ça», a appuyé la francophone Sasic – elle est née en Allemagne d’une mère française et d’un père camerounais –, qui joue avec la Mannschaft depuis les sélections de jeunes.
De son côté, Philippe Bergeroo, à la tête de l’équipe de France, a regretté le manque de finition, principale faille des Bleues depuis leur arrivée dans le gratin mondial (elles sont troisièmes au classement de la FIFA). «Dominer n’est pas gagner, a-t-il déclaré en conférence de presse. L’efficacité a toujours été le problème de cette équipe. Nous n’avons pas su mettre les occasions au fond. Nous pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes.»
«L’Allemagne a gagné grâce sa puissance et son efficacité», a-t-il ajouté, laconiquement.
«On est tristes. La meilleure équipe est sortie.» – Wendie Renard, défenseure et capitaine de l’équipe de France, convaincue comme ses coéquipières que les Bleues ont été supérieures aux Allemandes dans ce match.
Survoltées par des partisans français venus par centaines – La Marseillaise et des chants tels «Qui ne saute pas n’est pas Français» ont résonné à plusieurs reprises dans le Stade olympique –, les Bleues ont monopolisé le ballon pendant la première demie, prenant régulièrement l’Allemagne de vitesse par son jeu de passes.
Moins d’une minute après le coup d’envoi, Louisa Necib est passée à quelques centimètres de battre Nadine Angerer, mais son tir a frôlé le poteau droit de la gardienne allemande.
Le match s’est équilibré en deuxième demie, aucun vainqueur ne se déclarant au terme de 90 minutes intenses. Les deux équipes ont dû puiser dans leurs réserves en prolongation, sans pour autant réussir à se départager. Gaëtane Thiney s’est procurée l’occasion la plus franche, mais sa déviation devant un but vide n’a pas trouvé les filets. «Si j’ai 10 occasions comme ça à l’entraînement, je marque 9 fois… s’est désolée l’attaquante française à la sortie du vestiaire. En une demi-seconde, il y a tout qui s’écroule.»
«C’est hyper frustrant.» – Gaëtane Thiney, attaquante de l’équipe de France
Quelques instants plus tard, une autre Française a vécu un cauchemar, celui de manquer le dixième et ultime tir de barrage. Alors qu’Allemandes et Françaises s’étaient montrées impériales jusque-là dans l’exercice, Claire Lavogez, âgée de 21 ans, a vu son plat du pied au ras du sol arrêté par Nadine Angerer. La gardienne et capitaine allemande de 36 ans a envoyé du même coup son équipe en demies. «J’ai senti que leur dernière tireuse était craintive. Mon arrêt, c’est de l’intuition, pas de la tactique», a affirmé celle qui a été élue Joueuse du match.
Encore sous l’émotion lors son passage devant les journalistes, Lavogez a fondu en larmes et n’a pas pu répondre aux questions.
Par ailleurs, Bergeroo et Thiney ont confirmé que ce sont les joueuses qui ont choisi l’ordre dans lequel elles allaient effectuer les tirs de barrage, y compris Lavogez, la moins expérimentée des cinq tireuses bleues. L’entraîneur français a refusé d’accabler la jeune attaquante. «Le pénalty de Claire Lavogez, c’est juste un fait de jeu. La responsabilité de l’élimination ne lui revient pas. Pour moi, le match a été perdu sur les deux ou trois occasions franches qu’on a eues auparavant. Mais il faut resituer les choses, ce n’est que du football.»
Pour sa part, Silvia Neid n’était pas étonnée de la performance de ses joueuses, qui ont toutes réussi leur face-à-face avec la gardienne française Sarah Bouhaddi. «Nous sommes bonnes aux pénaltys parce que nous nous pratiquons constamment, a expliqué Neid. C’est compris dans nos entraînements à l’année longue, pas seulement pendant la compétition.»
La France n’a jamais remporté un match contre l’Allemagne dans un tournoi officiel.
Octuple championne d’Europe et championne du monde en 2003 puis en 2007, la Mannschaft est en course pour reprendre son titre quatre ans après l’avoir cédé au Japon.
Quant aux Bleues, elles font moins bien qu’au Mondial 2011 et qu’aux Jeux olympiques de 2012, où elles avaient fini quatrièmes. Pour l’anecdote, en 2011, la France avait gagné son quart de finale contre l’Angleterre… en tirs de barrage.
