Une boutique montréalaise pionnière accepte maintenant le bitcoin comme moyen de paiement. La nouvelle monnaie virtuelle dispose même d’une «Ambassade» à Montréal.

Payer ses traditionnelles espadrilles espagnoles avec des bitcoins, c’est s’acheter un pro­duit datant du Moyen Âge avec la monnaie du XXIe siècle. Un choc du temps et des cultures qui fait bien rire Diego Arnedo, propriétaire de la boutique L’Espagne à vos pieds, qui a pignon sur rue à deux pas du métro Mont-Royal.

«Le bitcoin, ça va à l’encontre des banques et du monde de la finance, c’est un peu une révolution monétaire et je voulais y participer. Mais j’ai abandonné l’idée d’expliquer le concept du bitcoin aux anciens de Cervera qui fabriquent à la main, dans un village reculé d’Espagne, les espadrilles que je vends», dit-il en rigolant.

Le bitcoin a été instauré en 2009. Il s’agit d’une monnaie virtuelle indépendante de toute banque ou de tout État. Le système de cryptographie imaginé par un Japonais anonyme permet d’authentifier chaque bitcoin et son utilisateur et d’éviter les fraudes. Un peu comme PayPal, il permet de faire des transactions à distance, mais aussi de payer dans des boutiques avec son cellulaire.

«Si quelqu’un vient ici et qu’il a un compte avec des bitcoins, il va prendre son téléphone intelligent et scanner le code QR près de ma caisse. Il entrera ensuite le montant sur son téléphone et je recevrai la confirmation de la transaction presque automatiquement», indique le commerçant. Ce dernier est d’ailleurs fier des frais de transaction quasi inexistants, alors que Visa, American Express ou PayPal demandent des taux avoisinant parfois les 3 % ou 4 %.

«Avec le bitcoin, on devient sa propre banque.» – Fabián Rodríguez, ambassadeur en chef de l’Ambassade Bitcoin à Montréal

Pour l’instant, il n’y a eu encore aucun achat réglé en bitcoins dans sa boutique. Et si on se fie au site internet coinmap.org, seulement une quinzaine d’entreprises mont­réalaises offrent la possibilité de payer en bitcoins. Elles ont toutes récemment adopté la monnaie virtuelle et peu d’entre elles ont déjà réalisé des transactions.

«Pas étonnant, puisque la valeur du bitcoin a été multipliée par 5 ces 45 derniers jours. Qui voudrait les dépenser?», illustre François Lahey de Voxel Factory, une entreprise spécialisée dans les imprimantes 3D. L’avocat-conseil Adam Atlas note aussi que le fisc ne s’est pas encore adapté aux monnaies virtuelles, compliquant ainsi les déclarations de revenus des commerçants.

Malgré un démarrage plutôt lent du bitcoin à Montréal, la tendance est à la hausse, selon Fabián Rodríguez, ambassadeur en chef de l’Ambassade Bitcoin, un organisme sans but lucratif. Ouverte depuis juillet, l’ambassade a pour mission d’ouvrir un dialogue avec les banques et les autorités qui sont réticentes face à cette nouvelle monnaie, d’offrir des bureaux à des entreprises en démarrage misant sur cette technologie et d’informer la population. «Lors de la dernière réunion, il y avait plus de 150 personnes», indique M. Rodríguez.

La prochaine réunion mensuelle de l’Ambassade Bitcoin est prévue samedi et les ateliers thématiques ouverts aux débutants comme aux spécialistes reprendront en janvier. «En plus des bases, on peut en savoir plus sur des sujets comme ceux des logiciels libres ou de la gestion et de la sécurisation de son portefeuille bitcoin», ajoute l’ambassadeur. L’atelier idéal pour Ramon, le roi de l’espadrille, et sa brigade de couturières espagnoles!

Un fabricant de chaussu­res qui a bien compris l’intérêt du bitcoin, c’est Persian Shoes, en Iran. Avec le blocus économique des pays occidentaux, l’entreprise ne pouvait vendre ses produits sur l’internet, les Visa ou PayPal imposant des conditions trop sévères quand elles ne refusaient carrément pas d’autoriser la transaction. Mais grâce au bitcoin, qui n’appartient à personne, l’entreprise a trouvé une façon de contourner le blocus et de faire des affaires à l’international.

Bitcoin 101

  • Cette monnaie électronique, basée sur le logiciel libre, a été créée en 2009.
  • Le code de cryptage permettra de créer 21 millions de bitcoins d’ici 2040.
  • Un bitcoin vaut 966 $, au moment d’écrire ces lignes, mercredi.
  • Malgré sa grande volatilité, la valeur du bitcoin a été multipliée par 9 depuis 1 an.
  • Un réseau d’ordinateurs assume la validation et la conservation des transactions.
  • Chaque membre mettant son ordinateur à disposition du réseau est payé en bitcoins.

Des grappes bitcoin
Au-delà de la monnaie, c’est toute une grappe d’entreprises qui pourrait voir le jour dans la foulée du bitcoin. Par exemple, la nouvelle société Bylls se propose de payer toutes vos factures (téléphone, câble, électricité, etc.) en bitcoins.

Fabián Rodríguez croit aussi que cette monnaie virtuelle, du fait qu’elle n’engendre presque aucuns frais de transaction, favorisera l’émergence des microdons, déjà très populaires sur le web pour faire financer divers projets par les internautes.

Une transaction en bitcoins, parce qu’elle est nominative et irrévocable, pourrait être utilisée comme systè­me de votation pour les émissions de téléréalités, voire pour des élections.

Aussi dans Économie :

blog comments powered by Disqus