Stéphane Vairo

Les commerces zéro déchet ont le vent en poupe à Montréal. La ville comptera bientôt trois épiceries et un café qui tentent de révolutionner la production et logistique alimentaire menant vers notre assiette. Voici un zoom de produits innovants trouvés chez LOCO, l’épicerie zéro déchet de la rue Jarry.

Sauveuactu-loco-choucrouters de légumes. La micro-entreprise Tout Cru se spécialise dans la fermentation lactique, une technique qui permet de conserver les légumes tout en augmentant leur valeur nutritive. Les légumes sont choisis parce qu’ils auraient fini à la poubelle. «Avant, le fermier qui me fournissait en carottes laissait les spécimens trop gros en terre, car les grossistes ne sont pas intéressés», raconte Pedro Perez, fondateur de l’entreprise. Selon une étude de Value Chain Management International, il s’est gaspillé pour 31G$ de nourriture au Canada en 2014, dont 10% au niveau des fermes. Les smoothies LOOP, aussi vendus sur place, fonctionnent sur le même principe. Les fondateurs récupèrent auprès de partenaires, des fruits et légumes moches qui seraient sinon jetés. Le prix ainsi obtenu est moins élevé, ce qui leur permet de vendre les bouteilles à moins de 5$. Les résidus de pulpe et de fibres obtenus lors du processus de fabrication sont ensuite notamment refilés à un fabricant d’aliments pour chiens, histoire de limiter les déchets.

actu-loco-dentifriceDu dentifrice sans tube. Selon le site ConsoGlobe, 4% du dentifrice resterait dans le tube, ce qui totaliserait 70 000 tonnes de dentifrice gaspillées par an dans le monde. Et c’est sans parler des 3 000 tonnes de tubes ne pouvant être recyclés qui sont jetés. «Chez LOCO, on propose du dentifrice dans un contenant en verre consigné», souligne Martine Gariépy, cofondatrices de LOCO. Fabriqué à Outremont par la savonnerie Faveur, il contient du carbonate de calcium, un abrasif doux, de l’huile de coco vierge bio (reconnue pour son côté nettoyant), de l’argile blanche,  de l’extrait de bouleau et une huile essentielle à base de menthe poivrée. On n’y trouve donc pas d’ingrédients controversés tel que l’antimicrobien triclosan, des conservateurs à base de parabens ou de surfactants à base de pétrole. «Finalement, le seul déchet c’est l’étiquette, mais on ne peut pas y échapper, c’est la loi. On utilise quand même une étiquette approuvée par Recyc-Québec qui se décolle facilement et sans solvant. On peut alors réutiliser les bocaux après stérilisation», précise Suzanne Laverdière, fondatrice de l’entreprise.

 

actu-loco-beurreDu beurre zéro déchet. La célèbre Franco-américaine, Béa Johnson, et sa famille produisent moins de 1kg de déchets par an. Dans son ouvrage Zéro déchet, elle raconte que le seul produit qui lui cause du souci, c’est le beurre. Et comme elle ne veut pas s’en passer, elle a gardé des dizaines de plaquettes usagées pour réaliser une œuvre d’art et éviter ainsi de les jeter. À Montréal, l’entreprise Rose Madeleine a surmonté avec succès la fabrication d’un beurre végane vendu dans un pot consigné, donc sans emballage. Sauf qu’on ne peut pas utiliser le mot beurre, car il est principalement composé d’huile de noix de coco désodorisée biologique, d’huile de canola sans OGM et de lait de soya. Ce qui a été le plus difficile à réaliser, c’est que la tartinade ait une texture parfaite. «Même froid, il est parfaitement tartinable», confie Véronique St-Pierre, fondatrice de l’entreprise de confection de pâtisseries vegan. Elle affirme que peu de gens sont capables de faire la différence au goût avec du «vrai» beurre. On n’a pas pu tester, car le produit était en rupture de stock chez LOCO. Il parait qu’il se vend comme des petits pains chauds!

livre révolution agriculture urbaine

 

Lecture incontournable
Le système alimentaire mondial va droit dans le mur, selon la journaliste Jennifer Cockrall-King, dont le livre La révolution de l’agriculture urbaine est en librairie depuis un mois. Son ouvrage regorge de plusieurs données percutantes:

-D’après la FAO, un organisme onusien, l’agro-industrie a provoqué la disparition de 75% de la biodiversité au cours du 20e Siècle.

-Selon une étude de l’Université d’Iowa, un produit frais typique parcourt en moyenne 2400km de la ferme à l’assiette.

-70% des antibiotiques utilisés aux États-Unis sont destinés aux animaux d’élevage, selon la Food & Drugs Administration.

-Produire la ration alimentaire d’une personne carnivore peut nécessiter jusqu’à 5 000 litres d’eau.

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