Capture d'écran Denis Coderre devant la Commission Chamberland

Lorsqu’il a appris qu’une copie d’un constat d’infraction le concernant était dans les mains d’un journaliste, le maire de Montréal, Denis Coderre, a affirmé avoir «pété une coche» en appelant le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

M. Coderre avait besoin de «ventiler» sa colère, a-t-il admis lundi, au cours d’une audience devant les membres de la Commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques qui a duré plus d’une heure et demie.

Cet appel remonte au 17 décembre 2014. Quelques minutes plus tôt, Patrick Lagacé, journaliste à La Presse, avait envoyé par courriel à Catherine Maurice, attachée de presse du maire de Montréal, une copie d’un constat daté du 20 mars 2012. Au cours d’un échange avec celle qui deviendra la directrice des communications du cabinet municipal, il a également évoqué, selon «des sources policières», un possible «trafic d’influence» afin de «faire disparaître» ce constat, a reconnu Mme Maurice, interrogée elle-aussi lundi.

«Tabarnak»
Le maire de Montréal, qui a déclaré avoir payé ce constat, a alors décidé de joindre Marc Parent, le chef de la police. «C’est la troisième fois tabarnak», aurait dit «sur un ton agacé» Denis Coderre. Celui-ci était «irrité», a mentionné Mme Maurice, en référence à des informations qui auraient déjà filtré par le passé dans les médias.

«J’étais assez furieux», «en maudit» et «je me suis défoulé», a confirmé Denis Coderre. Il a ensuite précisé ne pas avoir fait de «demande claire» au chef du SPVM pour ouvrir une enquête, lors de cet appel qui a duré «deux à trois minutes». Cet échange s’est tenu dans son bureau, devant Catherine Maurice, ainsi que son chef de cabinet, Denis Dolbec, et le directeur des communications de la Ville, Louis-Pascal Cyr.

«On fait une distinction entre ingérence et proximité. On ne s’occupe jamais des opérations policières», a clamé Denis Coderre, avant d’affirmer qu’«il n’y a pas de lien de cause à effet» entre l’appel émis et l’enquête qui mènera à la mise sur écoute du téléphone de Patrick Lagacé, dont le numéro a été communiqué par Catherine Maurice à un enquêteur du SPVM. Le maire a d’ailleurs martelé ne pas avoir été informé de cette enquête, avant d’en prendre connaissance dans les médias durant l’automne 2016.

«Je crois à la liberté de la presse», a-t-il également proclamé, avant d’ajouter qu’il était «important de protéger les sources» et qu’il ne voyait «pas de problème à faire appel au chef de police», même pour un dossier d’ordre personnel.

«Est-ce que j’aurais dû [appeler le chef du SPVM]? Peut-être que non. Mais je ne regrette pas de l’avoir fait.» –Denis Coderre, maire de Montréal

«Être plus tough»
Après cet appel, Catherine Maurice a avoué avoir refusé de donner la copie du paiement, tant que Patrick Lagacé ne transmettait pas au cabinet du maire Coderre la preuve des informations qu’il avançait.

«On me demande d’être plus tough pour obtenir ce qu’il avance au niveau du trafic d’influence», a-t-elle assuré.

«Ce qui est allégué est quand même quelque chose de grave», a-t-elle déclaré, affirmant de pas avoir «d’opinion» sur l’appel effectué par le maire de Montréal au chef de la police dans un dossier d’ordre personnel. «Je ne vois pas qui d’autre [Denis Coderre] pourrait appeler sans que ça ne se retrouve 30 minutes plus tard» dans les médias, a-t-elle mentionné.

«Denis Coderre n’est pas crédible»
Ces réponses, jugées «évasives», n’ont pas convaincu Projet Montréal. L’opposition officielle a évoqué un «déni» qui serait «inquiétant».

«Le maire ne semble pas comprendre le principe de séparation des pouvoirs, a déclaré le conseiller Alex Norris, présent durant ces auditions. Quand le maire, colérique, appelle le chef de la police en sacrant, c’est totalement inapproprié. Il le considère comme un subalterne. Le maire capote à cause d’une enquête journalistique, mais il doit accepter que ça fasse partie de son rôle public.»

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