Yves Provencher/Métro D’après les organismes communautaires qui offrent des cours d’initiation aux outils informatiques, l’exclusion touche des gens de divers profils : des personnes âgées qui n’ont jamais pris le virage numérique, des jeunes décrocheurs, des immigrants qui veulent s’intégrer au marché du travail.

Environ 13,5% des Québécois n’utilisent jamais l’internet, selon un vaste sondage du Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO). Qui sont ces gens? Dans un premier temps, Métro vous présente la portion d’entre eux qui sont des non-internautes bien malgré eux. Un groupe de citoyens réclame que le gouvernement du Québec développe un programme pour leur venir en aide.

Cela ne fait que trois ans que Lyne sait envoyer un courriel. Comme un handicap physique et des problèmes d’apprentissage l’empêchent de travailler et qu’elle ne possède qu’une éducation de niveau secondaire, la femme de 53 ans n’avait jamais appris à utiliser les outils informatiques qui étaient, par ailleurs, bien trop dispendieux pour ses moyens. «Pour participer à certaines activités, il fallait que j’apprenne à communiquer par courriel», a fait remarquer Lyne, qui a pris des cours d’initiation à l’informatique auprès de l’organisme Parole d’exclues.

Lise Vincelette est dans une situation similaire : elle commence tout juste à se débrouiller avec Google. «Me trouver un emploi a été difficile. Comme tout est informatisé aujourd’hui, ceux qui veulent améliorer leur sort n’ont pas le choix d’utiliser l’internet», a commenté la femme de 64 ans.

Ce qu’ont vécu Lyne et Lise est généralement appelé «exclusion informatique». «Pour se tenir informé, savoir où voter, demander de l’aide gouvernementale, inscrire son enfant à des programmes, on a aujourd’hui besoin de l’internet, presque autant que de savoir lire et écrire», a souligné Mélanie Valcin, gestionnaire des activités pour le Québec de Collège Frontière, un organisme d’alphabétisation.

Un facteur d’appauvrissement

D’après les organismes communautaires qui offrent des cours et des ateliers d’initiation aux outils informatiques, l’exclusion touche des gens de divers profils : des personnes âgées qui n’ont jamais pris le virage numérique, des jeunes décrocheurs, des immigrants qui veulent s’intégrer au marché du travail. Beaucoup sont dans une situation financière précaire. Tout comme Mme Vincelette, de nombreux non-internautes ont de la difficulté à faire une recherche d’emploi. «Ils vivent souvent une double exclusion : ils ne possèdent pas les compétences nécessaires à l’utilisation de l’internet ni les outils physiques comme les ordinateurs, les tablettes et les téléphones, qui sont très dispendieux», souligne Mme Valcin.

«Ne pas avoir d’accès à l’internet est un facteur d’appauvrissement», note pour sa part Malika Alouache, coordonnatrice du secteur informatique au Centre d’éducation populaire de Pointe-Saint-Charles.

Toujours selon les organismes communautaires, la demande pour des formations en informatique est bien réelle. Par exemple, l’organisme Parole d’exclues en prodigue à plus de 100 personnes par année, soit le maximum de sa capacité. Au Centre d’éducation populaire de Pointe-Saint-Charles, ce sont près de 300 personnes qui profitent de ces services.

Des cours en péril
Malgré cela, les gouvernements provincial et fédéral n’ont pas de programmes pour appuyer ce passage des citoyens à la société de l’information. Jusqu’à maintenant, le Prog­ram­me d’accès communautaire d’Indus­trie Canada permettait au Réseau Communautique d’offrir des formations de base dans une quinzaine de centres communautaires grâce à la collaboration d’étudiants en informatique qui donnaient des cours en tant que stagiaires.

«Le programme est en train d’être transformé pour être axé davantage vers l’expérience des jeunes stagiaires dans le marché du travail. Ça peut être par exemple des stages en création de pages web ou en conception de logiciels», explique Monique Chartrand, directrice générale de Communautique.

En dehors de ce programme, les centres communautaires offrent des cours à partir de leur budget de fonctionnement. Dans le cadre de ces changements, Manuel Cisneros, coordonnateur de Parole d’exclues, craint donc que son organisme ne puisse plus fournir autant de formations aux personnes démunies.

Un programme réclamé

En réaction à ces menaces qui pointent depuis plusieurs années déjà, un groupe de personnes liées à Parole d’exclues a créé Informatique pour tous, avec comme revendication la création d’un programme permanent gratuit d’introduction à l’informatique, adapté aux besoins des personnes. Une pétition lancée en 2014 a maintenant recueilli plus de 1 000 signatures. Le groupe veut ultimement la déposer à l’Assemblée nationale. La pétition réclame aussi une aide financière destinée aux ménages à faible revenu pour l’acquisition de matériel informatique et d’une connexion internet.

«Tous les organismes qui donnent ces formations sont fragiles, alors ça prend un programme permanent», a soutenu M. Cisneros. Pour Lyne et Lise, militer dans ce groupe est essentiel. «Il ne faut surtout pas que ces cours disparaissent. Quand on coupe là-dedans, [c’est comme si on disait] : restez chômeurs!» a protesté Lise

Des mesures prévues à Montréal

Le groupe Informatique pour tous souhaite rencontrer le Bureau de la ville intelligente de Montréal pour demander l’installation de zones Wi-Fi gratuites dans les quartiers les plus touchés par l’exclusion informatique.

Une initiative similaire figure déjà dans les plans de la Ville. «On prévoit un déploiement progressif du Wi-Fi dans le domaine public, a expliqué Harout Chitilian, l’élu responsable de la ville intelligente. On va commencer avec le centre-ville, puis les nombreux édifices publics, et conclure avec les artères importantes dans tous les quartiers. On va écouter les élus locaux qui sont bien renseignés sur les besoins de leurs communautés, et on est confiants d’avoir une bonne couverture.»

La Ville compte également élaborer un programme de littératie numérique pour aider les citoyens à utiliser les outils qui sont mis à leur disposition. Ces projets doivent être réalisés d’ici trois ans. M. Chitilian ne sait pas quels seront les budgets spécifiquement attribués à ces projets, mais il assure que la disponibilité des fonds ne sera pas un enjeu.

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