Chantal Levesque/Métro Le parc Rutherford

Héritage Montréal joint sa voix aux Amis de la montagne pour s’opposer au projet d’aménagement d’un terrain sportif dans le parc Rutherford, sur le site patrimonial du mont Royal.

«C’est incompréhensible ce projet, a lancé mercredi le directeur des politiques d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru. On est dans un endroit qui est très étriqué. Comment les gens vont-ils se rendre ? C’est en pente. La circulation autour est difficile.»

L’arrondissement de Ville-Marie a octroyé mercredi un contrat de 4,3M$ à l’entreprise Construction Vert Dure pour l’aménagement d’un terrain sportif, doté d’une surface synthétique et de fûts d’éclairage, dans le parc Rutherford, qui se situe derrière la campus de l’Université McGill. Cette installation sportive se trouvera tout juste au-dessus du réservoir d’eau potable McTavish, qui a été rénové de 2013 à 2015.

Une entente avec l’université anglophone a aussi été entérinée par le conseil d’arrondissement. Elle permettra aux équipes sportives de l’institution d’enseignement d’utiliser le terrain multisports du 1er mai au 30 novembre jusqu’en 2025.

«Durant l’occupation par l’Université du terrain sportif, les résidants auront accès au parc Rutherford puisqu’aucune clôture n’entoure le parc», est-il mentionné dans un document de l’arrondissement. L’Université a précisé que son utilisation ne sera pas exclusive et qu’en juin et juillet, elle y sera très peu présente.

L’arrondissement justifie sa décision d’aller de l’avant avec ce projet par le fait qu’il ne «dispose d’aucun grand terrain multisports permettant de desservir les clientèles autres que les joueurs de 5 à 9 ans».

«Le choix d’utiliser une surface synthétique découlait du fait que cette plaine gazonnée sur-utilisée se retrouvait la majorité du temps en terre battue et ne répondait pas aux besoins d’installation pour les jeunes de 10 ans et plus de l’arrondissement», est-il aussi précisé dans les documents remis aux élus.

Plusieurs sports pourront y être pratiqués par les 36 000 jeunes âgés de plus de dix ans, tels que le soccer, le football, le rugby et la crosse.

Puisque que les travaux, qui doivent être lancés le mois prochain, sont réalisés sur le site patrimonial du mont Royal, le ministère de la Culture a dû donné son accord, ce qu’il a fait le 6 mai dernier.

Héritage Montréal redoute que le politique ait teinté la décision d’aller de l’avant avec ce projet. «On se demande si l’intérêt du mont Royal a été servi», a dit M. Bumbaru, avant de souligner que plusieurs installations sportives se trouvent à proximité, dans le Plateau–Mont-Royal.

«Tout le gouvernement s’est engagé à protéger le mont Royal il y a dix ans, a ajouté le directeur d’Héritage Montréal, faisant référence au statut de site historique et naturel attribué au mont Royal en 2006. Aujourd’hui, l’argent de l’un sert à défaire ce que l’autre, de peine et de misère, a tenté d’accomplir.»

Les Amis de la montagne craignent de leur côté la privatisation partielle du parc. «On veut garder le parc, a insisté la directrice des communications de l’organisme, Hélène Panaïoti. On veut qu’il soit accessible au public. Pas juste la moitié du temps.»

Des préoccupations de nature environnementale ont aussi été soulevées par les Amis de la montagne, notamment en ce qui a trait à la création d’un îlot de chaleur, l’intensification du trafic automobile et l’impact sur les vues du mont Royal.

«C’est la pire agression contre le mont Royal depuis plusieurs années», a affirmé pour sa part l’élu de Projet Montréal, Alex Norris, qui siège aussi sur la Table de concertation du mont Royal. Ce dernier a déploré que les plans du projet de terrain sportif dans le parc Rutherford n’ait pas été rendus publics.

«On aura toujours de la pression pour gruger de l’espace vert sur le mont Royal, a renchéri M. Norris. Il y a un nombre infini de besoins et demandes des citoyens, mais si on acquiesce à toutes ces demandes, on aura plus de montagne.»

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