Josie Desmarais/Métro Si l’étalement urbain est en progression dans certaines villes d’Europe, le phénomène est moins marqué qu’à Montréal (photo), conclut une étude.

L’étalement urbain n’a cessé de s’aggraver à Montréal depuis les années 1990, devenant du même coup «hors de contrôle», avancent des chercheurs de l’Université Concordia. Selon eux, il est urgent d’imposer des mesures de contrôle.

«Nous devons densifier les quartiers et mieux utiliser nos espaces», insiste la chercheuse Naghmeh Nazarnia, tout le long de l’entrevue accordée à Métro.

Dans son étude, dont les résultats ont été publiés plus tôt cette année dans le journal scientifique Ecological Indicators, elle rapporte que jusqu’à la fin des années 1980, l’étalement urbain, aussi bien sur l’île de Montréal que dans l’ensemble de la région métropolitaine, était nul, sinon très peu élevé. «[Après cela], l’étalement urbain est devenu hors de contrôle et du même coup, un sérieux problème», écrit-elle dans le rapport de sa recherche. Le phénomène a augmenté discrètement dans les années 1980, et de façon galopante dans les années 1990 et 2000.

Pour arriver à cette conclusion, Mme Nazarnia a utilisé des données sur les constructions de 2011 ainsi que la méthodologie conçue en 2010 par le professeur et chercheur de l’Université Concordia Jochen Jaeger avec le chercheur suisse, Christian Schwick, appelée la prolifération urbaine pondérée (Weighted urban prolifération). Celle-ci tient compte de l’étendue de la zone bâtie, de la dispersion des bâtiments dans celle-ci et du nombre de résidants ou de travailleurs qui l’occupent.

«Le plus gros problème, c’est que les villes doivent attirer de nouveaux citoyens pour augmenter leurs revenus de taxation. Dans ces circonstances, c’est difficile pour les municipalités de ne pas être tentées d’étendre leurs zones bâties. La compétition entre les villes doit cesser et il faut réformer la fiscalité municipale.» – Jochen Jaeger, professeur de géographie à l’Université Concordia

Sur l’île de Montréal, l’étalement urbain est pratiquement inexistant dans les arrondissements centraux, dont Ville-Marie, le Plateau–Mont-Royal et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

Mais il est «extrêmement élevé» dans Hampstead, Beaconsfield, Baie-d’Urfé, Dollars-des-Ormeaux, Kirkland et Dorval. Ces six villes liées représentent les endroits, tant sur l’île de Montréal que dans la région métropolitaine, où le phénomène de l’étalement urbain est le plus important, d’après les travaux de Naghmeh Nazarnia.

Leur densité y est peu élevée et, dans certains cas, de grands quartiers non résidentiels occupent beaucoup d’espace mais, en proportion, attirent peu de travailleurs. À titre d’exemple, le tiers de la superficie de la ville de Baie-d’Urfé est occupée par un quartier industriel.

À l’extérieur de l’île de Montréal, le phénomène est considéré comme «très élevé» à Laval et à Longueuil.

L’étalement urbain moins grave en Europe

Le phénomène de l’étalement urbain est beaucoup plus important à Montréal que dans la plupart des villes européennes.

Le professeur de géographie de l’Université Concordia, Jochen Jaeger a collaboré avec l’Agence européenne pour l’environnement, qui a voulu mesurer l’étalement urbain dans les villes d’Europe à l’aide de la méthodologie qu’il a conçue. Le rapport, dans lequel sont aussi mentionnés les travaux de Naghmeh Nazarnia, a été publié le mois dernier.

Il en ressort que l’étalement urbain est en nette progression dans des villes de Belgique et des Pays-Bas, mais que le phénomène s’avère beaucoup moins important que dans la métropole du Québec. Pour la grande majorité de ces villes, le phénomène est considéré comme étant «modéré», alors qu’à Montréal, il est «élevé».

Quelques villes européennes présentent un étalement urbain aussi, sinon plus, élevé que Montréal, notamment Dusseldorf, Hambourg et Brême, en Allemagne, ainsi que certaines villes en Angleterre.

«L’idée, ce n’est pas de construire des condos partout, mais de mieux utiliser les espaces dans une ville.» – Naghmed Nazarnia, chercheuse

Dans son étude, Naghmeh Nazarnia a choisi de comparer la ville de Zurich à Montréal ainsi qu’à celle de Québec. Elle a constaté que, contrairement à ce qui se passe dans la métropole du Québec, l’étalement urbain de la métropole suisse était galopant jusque dans les années 1980. Puis, sa progression a été freinée avec l’adoption de législations strictes sur le développement urbain. Celles-ci ont notamment imposé des normes pour la densité des bâtiments, limité les zones où il est possible d’ériger de nouvelles constructions et forcé l’aménagement de liens avec les réseaux de transport en commun.

L’étalement urbain à Zurich n’a pas décliné, mais il est possible de le faire, d’après le professeur Jaeger. «Il faut densifier, dit-il. S’il y a plus de personnes dans une même zone bâtie, la densité s’en trouvera augmentée et l’étalement urbain reculera.» La ville suisse de Zoug a réussi ce tour de force. Après une vingtaine d’années, où l’étalement urbain y a progressé de façon continue, la petite ville, qui couvre 21 km2, a fait en sorte que le phénomène passe de «modéré» à «faible». «Ils ont permis de construire des bâtiments plus élevés, ce qui a réduit l’étalement urbain», mentionne le professeur Jaeger.

Pour Montréal, ce dernier propose dans un premier temps de cesser le développement du réseau routier pour freiner l’expansion des zones bâties. Il suggère par la suite de développer les réseaux du transport en commun et de densifier les zones bâties, notamment en donnant une nouvelle vie à des bâtiments abandonnés et en autorisant des reconstructions où davantage de résidants ou de travailleurs pourront s’installer.

L’agglomération de Mont­réal a prévu, dans le Schéma d’aménagement et de développement adopté l’an dernier, qu’elle ferait en sorte que 75 % des nouveaux logements se trouvent dans des quartiers TOD (transit-oriented developpment) ou des quartiers destinés à être transformés, comme les alentours du SRB Pie-IX, des Galeries d’Anjou et du secteur Bois-Franc. Une «démarche de planification» doit d’abord être effectuée, est-il écrit.

Q’est-ce que l’étalement?
«L’étalement urbain est un phénomène perceptible visuellement dans le paysage», a écrit le professeur de l’Université de Concordia, Jochen Jaeger.

Il a ajouté dans sa définition que plus l’étalement urbain est important, plus il y aura de zones bâties, plus celles-ci seront dispersées dans l’espace et plus l’utilisation de cette même zone par des travailleurs ou des résidants sera faible.

Bienfaits et inconvénients

L’étalement urbain, présenté comme un processus «naturel» par certains auteurs, fait en sorte que des habitations à prix abordables sont offertes et que de nouveaux emplois sont créés, d’après le rapport de l’AEE.

En contrepartie, l’étalement urbain exige un prolongement du réseau de transport et entraîne du même coup une augmentation des coûts d’entretien des infrastructures et de la congestion automobile. Résultat : il y a moins de terres agricoles et d’habitats naturels pour la flore et la faune, et la pollution urbaine augmente, indique le rapport de l’AEE. Les habitants, qui doivent prévoir plus de temps pour leurs déplacements, sont plus nombreux à souffrir de problèmes respiratoires, d’insomnie et d’obésité.

«Et ça peut être pire, laisse tomber le professeur Jaeger. Il y a sans doute des conséquences auxquelles on ne pense pas.» L’universitaire dit se questionner sur «le mur» attendant les villes qui ne tentent pas d’endiguer l’étalement urbain sur leur territoire.

Aussi dans Montréal :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!