OTTAWA — L’expression «job-killing carbon tax» a résonné plusieurs fois en Chambre, lundi, alors que la ministre de l’Environnement et du Changement climatique a été mitraillée de questions par l’opposition conservatrice.

C’était jour de rentrée parlementaire, lundi, à Ottawa, et les députés du Parti conservateur attendaient Catherine McKenna de pied ferme, au lendemain de la diffusion d’une entrevue à CTV où la ministre a annoncé son intention d’imposer aux provinces un prix sur le carbone.

Tour à tour, ils ont tapé sur ce clou, accusant le gouvernement libéral de vouloir «tuer des emplois avec sa taxe carbone» ou encore de «déclarer la guerre» aux gouvernements provinciaux et territoriaux qui refusent d’y adhérer.

Le député albertain Jason Kenney — qui semblait déjà en campagne électorale même s’il siège toujours aux Communes — a demandé au gouvernement libéral de renoncer à sa taxe carbone, qui «tue des emplois» en plus d’«empirer la situation en Alberta».

La ministre McKenna lui a répondu qu’elle trouvait «étonnant» qu’un défenseur de l’économie de marché ne saisisse pas que la tarification du carbone est un mécanisme du marché qui permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en stimulant l’innovation.

«Mais peut-être ne croit-il pas aux changements climatiques; peut-être est-ce là le problème», a-t-elle lancé en boutade à celui qui doit bientôt démissionner de son poste de député fédéral pour se consacrer à la course à la direction du Parti progressiste-conservateur de l’Alberta.

Les néo-démocrates n’ont pas laissé de répit à Catherine McKenna. Ils l’ont toutefois attaquée sur un autre front, lui reprochant de se coller aux cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) fixées par l’ancien gouvernement de Stephen Harper.

«La ministre croit-elle que c’est cela le changement, soit le plan conservateur présenté par les libéraux, même si c’est avec un sourire?», l’a narguée le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair.

La ministre, qui a affirmé à de nombreuses reprises au cours des derniers mois que ces cibles étaient «un plancher» et non un «plafond», a fait valoir que contrairement à l’administration précédente, celle de Justin Trudeau avait l’intention d’élaborer un plan pour les atteindre.

«Soyons clairs au sujet des cibles de Harper: le gouvernement Harper n’avait absolument aucun plan pour atteindre l’objectif. Il s’en fichait (…) Ce n’est pas ce que nous ferons», a insisté la députée d’Ottawa-Centre.

Tarification du carbone

Au printemps dernier, en marge de la rencontre des premiers ministres sur le climat, à Vancouver, la ministre McKenna avait déjà laissé entendre qu’Ottawa imposerait un prix sur le carbone aux provinces qui tarderaient à passer aux actes.

La ministre n’a pas précisé, lundi, comment ce prix sur le carbone serait imposé aux provinces récalcitrantes comme la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse, ni à combien il s’élèverait.

«C’est certain qu’on doit avoir notre plan. (…) Et on va faire ça ensemble», s’est-elle contentée d’offrir à son arrivée sur la colline du Parlement, en après-midi.

«Tout le monde sait que nous devons respecter nos obligations internationales, et la tarification du carbone fait certainement partie de la solution, parce que ça impose un prix sur ce que nous ne voulons pas: la pollution», a enchaîné Mme McKenna.

Du côté de Québec, le ministre de l’Environnement, David Heurtel, a invité le gouvernement fédéral à «laisser tranquilles les provinces qui ont déjà mis en vigueur des systèmes qui fonctionnent et qui réduisent les émissions comme le Québec et l’Ontario».

Le gouvernement québécois, a-t-il tranché en entrevue téléphonique, ne «prendrait pas» l’imposition d’un prix pancanadien sur le carbone, car cela «nuirait» au marché du carbone entre le Québec, l’Ontario et Californie, auquel devrait se joindre le Mexique.

«Tant que fédéral n’impose pas une taxe nationale ou un mécanisme national qui affecte directement le marché du carbone, on ne voit pas de problématique, mais ça reste à suivre», a résumé M. Heurtel.

La ministre Catherine McKenna doit rencontrer ses homologues des provinces et des territoires le 3 octobre, à Montréal, pour faire le point sur toutes ces questions.

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