Paul Chiasson Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Gilles Ste-Croix, cofondateur du Cirque du Soleil, relate dans un nouveau livre son parcours au sein de l’entreprise circassienne à travers ses multiples spectacles. Il croit toutefois que «l’esprit» du cirque va changer maintenant qu’il est passé à des intérêts étrangers.

Dans «Ma place au soleil», M. Ste-Croix revient sur plus de 30 ans d’existence du Cirque, un fleuron québécois qui rayonne de par le monde.

Le créateur, qui a été artiste, metteur en scène, directeur de création et vice-président au sein du Cirque du Soleil, croit que celui-ci a autant évolué au cours des décennies parce qu’il a su user d’audace, foncer, écouter son instinct et même parfois, faire des erreurs, a-t-il déclaré en entrevue à l’occasion de la parution de son livre.

Il résume d’ailleurs ainsi son parcours peu ordinaire: «J’ai su oser».

«L’idée de la mise en marché, le marketing, nous, on ne connaissait rien de ça. On était vraiment instinctifs, on y allait», dit-il.

«Il y a toujours eu une bonne étoile pour le Cirque du Soleil. C’est peut-être le soleil, cette étoile.»

L’homme, qui est bien moins connu que Guy Laliberté à qui on attribue la paternité du Cirque, dit avoir choisi volontairement «l’ombre» qui va de pair avec le rôle des créateurs, et qui laisse toute la place au spectacle. Et quand vers 2000 la direction du Cirque a décidé d’associer un visage spécifique à l’entreprise à des fins de marketing, c’est Guy Laliberté qui s’est proposé, sans objection de la part de M. Ste-Croix, rapporte-t-il.

«Mon livre, c’est pour dire que j’ai quand même ma place dans tout cela et que j’ai été une force créatrice au Cirque du Soleil depuis 30 ans», dit-il.

Aujourd’hui, il croit que le Cirque du Soleil ne sera plus le même depuis sa vente en 2015 au consortium mené par la firme américaine TPG Capital.

«Là, ça va changer. L’esprit va changer», dit-il en entrevue.

Il explique que «le fer de lance du Cirque était la créativité», alors qu’aujourd’hui la principale motivation de l’entreprise est beaucoup plus le rendement sur l’investissement.

Car avant, trois quarts des profits étaient réinvestis dans les spectacles, précise-t-il.

Il réalise toutefois que la majorité des entreprises ne fonctionnent de cette manière et qu’elles réussissent très bien.

«Nous on était une époque de la rue, de hippies, de sensibilité organique. Mais c’était une autre époque», dit-il.

M. Ste-Croix note aussi que beaucoup de gens sont partis depuis car il y a eu un changement de garde et une nouvelle façon de faire se met en place. «Mais ça va toujours reposer sur faire des spectacles», souligne-t-il.

«Peut-être qu’il y aura moins de ‘trial and error’ (essais et erreurs). Qu’il va falloir être sûr, tout de suite. Nous on osait chercher, on prenait le temps de trouver. On dépensait plus, mais on créait des bijoux uniques», dit-il.

«Est-ce que cela sera encore cela? Je ne sais pas…»

Retraité du Cirque du Soleil depuis 2014, Gilles Ste-Croix relate aussi dans son livre le processus créatif et les petits conflits internes qui ont secoué le Cirque, mais aussi les rencontres marquantes de sa vie: celle avec Guy Laliberté en 1979, avec le metteur en scène Franco Dragone, avec Steve Wynn, l’entrepreneur américain des casinos de Las Vegas, et une, «magique», avec George Harrison, le guitariste des Beatles avec qui il a travaillé pour créer le spectacle «Love».

De Guy Laliberté, il dira qu’il était, comme lui, un marginal autodidacte. «Une rencontre incroyable qui m’a donné des opportunités», ajoute-t-il.

«On a beaucoup appris ensemble et on a beaucoup appris l’un de l’autre.»

Il le décrit comme un grand partenaire et le remercie de l’avoir gardé comme ami tout ce temps et de lui avoir fait confiance. «C’est notre rencontre qui a fait que le Cirque du Soleil a existé.»

Ce dont il est le plus fier? D’avoir créé une entreprise qui a compté à un certain moment 10 000 employés, et qui fait vivre 10 000 familles, répond-t-il. Mais aussi, sur le plan artistique, d’avoir créé un cirque au style unique.

Gilles Ste-Croix n’a pas encore fait son dernier tour de piste.

L’homme a fondé il y a cinq ans une école de cirque pour enfants au Mexique, «El Circo de Los Ninos», et travaille avec une autre aux Îles-de-la Madeleine.

Parce qu’il avait envie de redonner aux autres et d’aider les enfants avec les connaissances qu’il possède, dit-il.

Et puis, il agit aussi comme consultant créatif pour le Cirque du Soleil, entre autres.

«L’imagination du ti-vieux n’arrive pas à dormir», lance-t-il en souriant.

«Ma place au soleil» sera en librairie dès jeudi.

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