Mario Beauregard/Métro Dr Charles Bernard et Dr Yves Robert

MONTRÉAL — Le Collège des médecins veut mettre un terme aux pratiques qui mettent en danger la santé des clients et patients en matière de médecine esthétique.

«Le Collège des médecins, ce qu’il veut, c’est qu’il y ait une ligne, une frontière entre ce qu’on n’a pas besoin de contrôler, qui est sans préjudice, et quelque chose qui, pour le public, pose des problèmes», a déclaré le président et directeur général du Collège, le Dr Charles Bernard, en présentant le rapport du groupe de travail sur la médecine esthétique du Collège, mercredi, à Montréal.

Ce rapport révèle en effet une série de pratiques inquiétantes tant de la part de certains professionnels de la santé que de praticiens de l’industrie esthétique qui ne sont pas du domaine de la santé.

Le groupe de travail suggère au premier chef de mettre un terme aux ordonnances collectives, qui sont en quelque sorte une permission donnée par un médecin à une infirmière ou une infirmière auxiliaire de procéder à un acte médical, en l’occurrence des injections.

Le Collège constate que des médecins qui ne proviennent pas de l’une des cinq spécialités reconnues en médecine esthétique ont émis des ordonnances collectives permettant à des tiers de procéder à des injections, ce qui constitue un accroc à leur code de déontologie. Pire encore, toutefois, il a appris que certaines cliniques sollicitent et paient des médecins pour qu’ils leur fournissent de telles ordonnances collectives, une infraction sanctionnable pour laquelle le syndic du Collège n’a toutefois pas été interpellé, faute de dénonciations ou de plaintes.

Outre la mise au rancart des ordonnances collectives dans le domaine esthétique, le Collège veut que toute personne voulant une injection à des fins esthétiques fasse l’objet d’une évaluation médicale et que ce soit le même médecin qui fasse le premier traitement. De plus, un médecin devra être sur place et disponible pour tous les traitements subséquents faits par des infirmières ou des infirmières auxiliaires en cas de réaction adverse.

Le Collège veut également que toute clinique offrant des soins médico-esthétiques désigne un directeur médical responsable de la qualité des soins.

Par ailleurs, le groupe de travail demande au ministre de la Santé d’imposer des normes de désinfection, de stérilisation et d’hygiène aux boutiques de tatouage et réclame que toutes les activités de détatouage au laser ou avec des produits chimiques — qui ont donné lieu à des brûlures sévères dans certains cas médiatisés — soient strictement réservées aux professionnels de la santé qualifiés.

«N’importe qui peut utiliser des machines de détatouage ou des produits chimiques de détatouage sans avoir à rendre de comptes, sans encadrement, sans règles de pratique (…) Là, il y a véritablement un risque important et un problème important», a affirmé le docteur Yves Robert, secrétaire du Collège.

Constatant que l’industrie développe et commercialise de nouveaux produits injectés en les qualifiant de «cosmétiques», le Collège des médecins demande également à Santé Canada d’homologuer tout produit injectable comme étant un médicament.

L’un des produits utilisés en détatouage, l’acide glycolique, qui est à l’origine de cicatrices et de brûlures importantes, entre d’ailleurs dans cette catégorie.

«L’acide glycolique — qui est injecté pour détatouer — est un solvant, a rappelé le Dr Bernard. Lorsqu’il devient injectable, il est à fort préjudice.»

Plusieurs autres recommandations visent la formation tant de médecins qui ne sont pas spécialisés en médecine esthétique que d’infirmières et de praticiens et praticiennes en esthétique.

Une des recommandations invite le Collège à suivre de près l’utilisation des lasers, qui doivent être réservés à des usages bénins comme l’épilation en matière esthétique.

«Il y a des gens qui peuvent être tentés, à l’occasion, (d’utiliser le laser) pour des taches pigmentaires que vous avez sur la peau. C’est très préjudiciable parce que certaines taches sont des cancers», a rappelé le docteur Bernard, précisant qu’il était essentiel d’avoir un diagnostic précis avant de traiter des taches pigmentaires.

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