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Les mises en confinement dans les prisons du Québec ont pratiquement doublé de 2009 à 2015. La surpopulation du milieu carcéral serait en cause.

Selon des données consultés par TC Media, le nombre de mises en confinement a crû chaque année de 2009-2010 à 2014-2015, passant de 6 690 à 12 919, soit une hausse de 93 %.

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Le constat est le même en ce qui a trait au nombre de jours de mise en confinement, qui est passé de 17 093 à 31 765, une augmentation de 85 %.

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«On voit cette explosion et on voit qu’elle suit la courbe également de la surpopulation à l’intérieur des murs», confirme le président national des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ), Mathieu Lavoie.

La hausse de la population crée plus de conflits, rappelle le chargé de cours à l’Université Laval spécialisé dans les questions carcérales Jean-Claude Bernheim. «Une des solutions est de séparer les détenus, dit-il. Dès qu’on exclut un détenu, le problème est
en partie résolu.»

M. Lavoie note qu’autant les confinements disciplinaires – lesquels découlent d’une action qui contrevient au règlement – que les confinements dits «administratifs» sont en hausse. «Ces mesures sont prises pour la sécurité de tous, explique-t-il. La surpopulation fait que, pour mettre des gens en protection, on doit les mettre en cellule pour assurer leur sécurité face aux autres personnes incarcérées.» Il cite en exemple l’augmentation de détenus issus des gangs de rue, dont les membres rivaux peuvent difficilement cohabiter en prison.

«Aujourd’hui, on utilise l’isolement à des fins de gestion de la population carcérale, dénonce de son côté M. Bernheim, qui dit que nous sommes dans un “cercle vicieux”. Plus la population augmente, moins il y a de ressources par détenu, et les agents correctionnels ne savent pas vraiment quoi faire.»

Le président du SAPSCQ spécifie que, parfois, il n’y a pas d’autre solution que l’isolement. «Quand un secteur déborde et qu’on doit mettre quelqu’un en protection, c’est le seul recours qu’on a, dit-il. On ne peut les amener à la maison. Cela est en lien avec la surpopulation, quand on a des établissements qui roulent à 115, 120, 125 % de leur capacité.»

«Dans certains éta­blissements, on voit un manque de personnel, à cause d’un gel d’embauche dû aux mesures d’austérité du gouvernement, lié à une surpopulation qui a augmenté avec des décisions comme celle de la fermeture de la prison Tanguay.» –Mathieu Lavoie, président national des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ)

Le nombre de détenus ayant des problèmes de santé mentale est aussi en augmentation, constate M. Lavoie. «C’est une clientèle qui ne peut pas être mêlée à tous, souligne-t-il. Ils se font souvent taxer leurs médicaments et ont des réactions imprévisibles parce qu’ils n’ont pas pris leur médication.»

Pour M. Bernheim, le recours à l’isolement pour ces personnes peut avoir de graves conséquences. «Les tentatives de suicide et les mutilations sont plus fréquentes dans les secteurs d’isolement», rappelle-t-il.

Le spécialiste soutient aussi que, si la durée maximale de l’isolement était mieux observée, il y aurait moins de confinements. «Il y a une loi qui le limite à cinq ou sept jours, dépendamment des circonstances, mais ce n’est pas respecté et personne n’est blâmé pour ça», indique-t-il.

Le protecteur du citoyen a d’ailleurs recommandé, dans son rapport déposé jeudi, d’éviter les confinements de plus d’un mois. Des situations qui ne sont pas «courantes», assure toutefois M. Lavoie. «Ce sont plus des cas de protection demandée par les détenus», dit-il.

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