La Presse canadienne Jean-François Lisée.

REYKJAVIK, Islande — Le nationalisme prôné par Jean-François Lisée en est un d’assiégés et de peureux, proche des partis populistes d’Europe, selon le premier ministre Philippe Couillard, qui n’a pas tardé à passer en mode attaque, quelques heures à peine après l’élection du nouveau chef du Parti québécois (PQ).

Il dit même voir dans le discours tenu par le nouveau chef de l’opposition officielle une parenté certaine, sur le plan idéologique, avec certains partis européens réputés d’extrême droite, reconnus pour leur rejet de l’immigration.

Questionné à savoir s’il faisait référence plus précisément au Front national de Marine Le Pen, il a refusé d’identifier aucun des partis auxquels il tentait d’associer le PQ de Jean-François Lisée.

Mais chose certaine, sous la gouverne de M. Lisée, le PQ s’annonce pour être le parti de l’exclusion, de l’humiliation, de la fermeture et du repli sur soi, selon M. Couillard, qui n’était pas à court d’épithètes pour qualifier l’approche du chef péquiste élu vendredi, lors d’un point de presse samedi, tenu en marge de sa participation à la conférence internationale Arctic Circle.

M. Lisée «va se trouver dans une parenté familière» avec les chefs de partis politiques européens qui prônent la fermeture des frontières de leur pays aux immigrants.

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, qui a appuyé M. Lisée lors de la course à la direction, s’est indigné des propos du premier ministre.

«C’est la panique du premier ministre au premier jour de l’arrivée de Jean-François Lisée. Ça va être quoi aux élections de 2018 ?, a-t-il dit. Évidemment, c’est ridicule. M. Couillard manque de courtoisie (…). Lui qui veut constamment nous faire des leçons, il a manqué une belle façon de le faire.»

Selon M. Couillard, le PQ va désormais tenir selon lui «le discours d’une sorte de nationalisme d’assiégés, nationalisme de peureux, des gens qui ne veulent pas faire face à la diversité, qui préfèrent que le Québec reste replié sur lui-même, c’est ce qu’on voit ailleurs dans le monde».

Il n’y voit rien de moins que l’émergence «d’un mouvement foncièrement négatif pour l’humanité».

«C’est une accusation très grave. J’espère qu’il a encore le temps de s’excuser avant d’aller se coucher», a rétorqué M. Bérubé.

Le Québec accueille quelque 50 000 immigrants par année. M. Lisée considère que c’est trop et que le Vérificateur général devrait être mandaté pour fixer les seuils d’immigration, en fonction de la capacité d’accueil du Québec.

Sur la question de la laïcité de l’État, il a prôné d’appliquer le rapport Bouchard-Taylor, qui recommandait d’interdire aux employés de l’État exerçant une fonction d’autorité (policiers, juges, gardiens de prison) de porter des signes religieux ostentatoires.

Pour ce qui est des autres employés de l’État, dans une approche graduelle, il propose de leur indiquer la «préférence» du gouvernement pour l’absence de signes religieux ostentatoires, mais sans en faire une interdiction.

Il a dit aussi vouloir lancer une discussion sur la pertinence d’interdire la burqa dans l’espace public, pour des raisons de sécurité.

M. Couillard s’est défendu d’avoir tardé à faire adopter, comme il avait promis, une loi proclamant la neutralité religieuse de l’État et imposant d’avoir le visage découvert pour donner ou recevoir des services de l’État.

En 2014, en campagne électorale, il s’était pourtant engagé à agir dans ce dossier rapidement, en début de mandat. Or, le gouvernement a entamé sa troisième année de mandat et le projet de loi 62, qui porte sur ces questions, n’est toujours pas à l’étude.

Samedi, il s’est engagé à faire adopter le projet de loi 62 d’ici 2018. «On ne laissera pas de désert législatif», a-t-il promis.

Il ne croit pas Jean-François Lisée quand il affirme qu’il votera pour le projet de loi 62. «Il va trouver une façon de ne pas faire ça», selon lui.

La consultation sur le projet de loi 62 devrait débuter cet automne.

En Chambre, le premier ministre s’attend à ce que le chef de l’opposition officielle pratique une «politique négative, (une politique) du dénigrement, parce qu’il n’a pas autre chose à dire».

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