THE CANADIAN PRESS Jane Philpott.

TORONTO — La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, s’est excusée mardi auprès de ses homologues des provinces et des territoires pour avoir critiqué, la veille, la façon dont est dépensé l’argent des transferts fédéraux en santé.

Mme Philpott soutient qu’elle n’a pas eu l’intention de trouver des coupables, s’excusant si elle avait été «mal comprise».

La ministre avait pourtant vertement critiqué les gouvernements provinciaux et territoriaux, dans un point de presse, lundi, pour leur gestion des fonds alloués par le fédéral aux soins de santé, disant que l’argent était parfois dépensé à d’autres fins.

Mme Philpott avait par le fait même invité ses homologues à proposer des idées innovatrices.

Mme Philpott a peiné à rectifier ses propos, mardi, alors qu’elle rencontrait ses homologues des provinces et des territoires à Toronto, pour amorcer des discussions corsées sur le financement fédéral des soins de santé. Elle a indiqué qu’elle avait voulu se référer à de «nouveaux investissements en santé» en demandant une plus grande responsabilité aux provinces.

Le gouvernement fédéral sait que les coûts en matière de santé explosent, mais il tente pourtant de faire accepter aux provinces et territoires une baisse de transferts de 60 milliards $ pour la prochaine décennie, a déploré, plus tôt mardi, le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette.

Le gouvernement Trudeau souhaite réduire le taux annuel d’augmentation des transferts fédéraux en santé, pour le faire passer de six à trois pour cent à compter d’avril 2017. Une hausse annuelle de six pour cent est en vigueur depuis que le dernier accord sur la santé a été négocié, en 2004.

Pour le ministre Barrette, cette hausse réduite du Transfert canadien en matière de santé équivaudrait à une coupe franche de 60 milliards $ en 10 ans pour tout le Canada — et de 13,7 milliards $ pour le Québec. Selon lui, Ottawa devra ensuite porter l’odieux d’une éventuelle baisse des services à la population. «Malheureusement, (Ottawa) nous dit: on va vous enlever 13 milliards $ pour que vous ne donniez pas les services requis à la population», a-t-il soutenu mardi en marge de la conférence à Toronto.

Un désaccord est également apparu entre les ministres des provinces et territoires et le gouvernement fédéral au sujet des 3 milliards $ offerts par Ottawa pour les soins à domicile, incluant les soins palliatifs. Lundi, la ministre Philpott avait fait état de ses exigences, incluant un appel aux idées novatrices et aux mesures de responsabilisation, avant de songer à verser plus d’argent.

M. Barrette a déclaré mardi que les remarques de Mme Philpott, la veille, étaient injustes. «Nous l’avons fait, et je vais parler pour le Québec, mais au Québec, on a fait plus que cela, parce que nous avons amorcé ce processus de transformation avant que les libéraux ne soient élus», a-t-il soutenu.

Le ministre ontarien de la Santé, Eric Hoskins, a lui aussi critiqué la remarque de la ministre fédérale, qui laissait entendre que les provinces et territoires n’avaient pas fait leurs devoirs. «Nous avons fait notre part», a-t-il assuré mardi. Une réduction du taux d’augmentation du Transfert canadien en matière de santé provoquera un manque à gagner de 1 milliard $ à l’échelle nationale en 2017-2018, a ajouté M. Hoskins.

Par ailleurs, le ministre Barrette a tenu mardi à répliquer au gouvernement fédéral, qui estimait la veille que les provinces devront rendre des comptes, car Ottawa doit s’assurer que l’argent investi sert bel et bien à donner aux Canadiens de meilleurs soins de santé.

«En 2007, 2008 et 2009, l’augmentation du budget dans le secteur de la santé a été respectivement de 7,4, 6,6 et 6,9 pour cent par année au Québec (…) malgré la récession de 2007, la plus grande depuis la Grande Dépression, a indiqué M. Barrette. Je pense que le Québec a géré correctement non seulement son budget, mais les transferts fédéraux globaux. Alors, c’est assez difficile de suggérer qu’on n’a pas dépensé correctement des montants d’argent quand l’augmentation du budget a été plus grande que celle des transferts.»

M. Barrette est conscient qu’il s’agit d’une joute politique, et il a qualifié les discussions avec la ministre Philpott de «transparentes et loyales». Mais il a aussi rappelé que de l’aveu même de la ministre, la décision ne lui appartenait pas.

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