FREDERICTON — Les trois juges de la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick qui entendent cette semaine la requête de Dennis Oland ont interrogé longuement la Couronne, mercredi, sur ce qui constitue un mensonge et une erreur de bonne foi.

Au coeur de l’affaire: le témoignage de Dennis Oland aux policiers après la découverte du corps de Richard Oland, il y a cinq ans. Dennis Oland, reconnu coupable l’an dernier par un jury de meurtre non prémédité, avait alors soumis aux enquêteurs qu’il portait un veston marine lorsqu’il est allé voir son père le soir du drame. Pourtant, selon des témoins et des images de caméras de surveillance, Dennis Oland portait en fait un veston brun ce soir-là. La police a plus tard trouvé sur ce veston brun des traces d’ADN et des gouttelettes du sang de la victime.

Pendant le procès, l’an dernier, la Couronne a soutenu que Dennis Oland avait menti à la police pour l’induire en erreur; l’accusé, de son côté, a plaidé l’erreur de bonne foi. Condamné en décembre à la prison à vie sans possibilité de libération avant 10 ans, M. Oland, un planificateur financier de 48 ans, demande maintenant à la Cour d’appel de l’acquitter ou d’ordonner la tenue d’un nouveau procès.

Mardi, son avocat, Alan Gold, a plaidé en Cour d’appel que dans ses directives au jury, le juge de première instance aurait dû minimiser l’«erreur de bonne foi» de son client. Selon lui, les jurés ont pu déduire de cette méprise une preuve de sa culpabilité.

Le juge en chef de la Cour d’appel, Ernest Drapeau, s’est longuement penché sur cette question, mercredi, en interrogeant la procureure de la Couronne. Kathryn Gregory a cependant maintenu que les directives du juge de première instance avaient été adéquates à ce chapitre.

Le juge Drapeau a par ailleurs demandé à Me Gregory si le dossier de la Couronne reposait sur autre chose que ce présumé mensonge sur la couleur du veston. La procureure a soutenu que la Couronne disposait d’autres éléments de preuve.

Preuves circonstancielles

Plus tôt mercredi, Me Gold a plaidé que la Couronne n’avait présenté au procès que des preuves circonstancielles, basées sur la persuasion et sur des spéculations.

Dans ses plaidoiries finales, il a énoncé deux scénarios possibles dans cette affaire: soit Dennis Oland, malchanceux, a visité son père le soir même où celui-ci a été tué, soit il a été «un tueur amateur mais incroyablement chanceux», qui a réussi en 15 minutes à assassiner brutalement son père, à prendre son iPhone et à se débarrasser de l’arme du crime, puis à déguerpir sans laisser de traces sur son téléphone intelligent ou dans sa voiture, qu’il n’a pas nettoyée, et enfin, dans l’heure suivante, se changer et aller magasiner avec sa femme.

Sans compter l’alibi indépendant de Dennis Oland, a rappelé Me Gold: Anthony Shaw a témoigné au procès qu’il avait entendu du bruit «ressemblant à un meurtre» dans le bureau de Richard Oland, au-dessus de son imprimerie, entre 19 h 30 et 20 h le soir du drame. Or, des images de caméras de surveillance montrent qu’à ce moment-là, Dennis Oland et sa femme magasinaient.

La Couronne doit terminer ses plaidoiries jeudi et le juge Drapeau a indiqué que la Cour d’appel rendrait sa décision le plus rapidement possible.

Cette affaire a été très médiatisée dans les Maritimes: les Oland sont issus d’une vieille famille d’entrepreneurs du Nouveau-Brunswick — Susannah Oland avait fondé la brasserie Moosehead en 1867. Richard Oland avait cependant quitté l’entreprise familiale au début des années 1980.

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