QUÉBEC — Le temps est à la réflexion dans les cégeps et universités pour mieux prévenir toute violence sexuelle envers les jeunes femmes, particulièrement lors d’activités d’initiation.

C’est du moins la conclusion à laquelle en est arrivée la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, qui se dit très préoccupée par des dérapages à caractère sexuel survenus en septembre dernier dans certaines universités, au cours d’activités d’initiation qui ont donné lieu à de nombreux reportages.

Les directions d’universités et de cégeps sont donc conviées à participer à quatre journées de réflexion portant sur les meilleures pratiques à mettre en place pour prévenir les violences sexuelles et agir correctement lorsqu’elles se produisent afin de mieux soutenir les victimes.

Ces quatre journées de réflexion auront lieu d’ici le mois de mars 2017 dans quatre villes universitaires, Québec, Montréal, Gatineau et Saguenay, a indiqué la ministre David, jeudi, en conférence de presse.

Le but consiste à dégager des consensus dans les institutions d’enseignement supérieur quant aux balises et pratiques communes à privilégier.

«C’est pas nécessaire d’être dégradant, c’est pas nécessaire d’être idiots» lorsqu’on organise des activités d’accueil et d’intégration, appelées communément «initiations», rappelle la ministre qui entend aussi encadrer la consommation d’alcool lors de ce type d’activités.

Par la suite, après avoir entendu les réflexions du milieu, la ministre estime qu’elle sera en mesure de fixer des normes nationales, en rédigeant soit une politique-cadre, soit un projet de loi destiné à uniformiser l’encadrement prévu dans le but de prévenir les violences sexuelles au cégep et à l’université et mieux soutenir les victimes en cas d’agression.

En matière de lutte aux agressions sexuelles commises en milieu collégial ou universitaire, le Québec doit être exemplaire, un des milieux d’éducation «parmi les plus engagés, parmi les plus progressistes en Amérique du Nord», a-t-elle indiqué.

En parallèle à la politique-cadre à venir ou au projet de loi, la ministre David demande aux universités et cégeps d’entreprendre dès maintenant une réflexion visant à formuler des recommandations au gouvernement sur les meilleures solutions à préconiser pour enrayer le phénomène.

Si sa réflexion l’amène à déposer une loi, elle veut qu’elle ait des dents. «Ça veut dire quelque chose une loi, ça veut dire une reddition de comptes, ça veut dire qu’il y a des balises communes à tous les établissements collégiaux et universitaires, ça veut dire qu’il doit y avoir des mesures de sécurité, des mesures de prévention, des mesures de soutien en cas d’agression sexuelle», a-t-elle énuméré.

Éventuellement, en cas d’agressions commises dans le cadre d’activités reliées à une institution, des dossiers pourraient conduire à des plaintes de nature criminelle.

Le Conseil du statut de la femme (CSF) a salué le geste de la ministre, mais sa présidente note qu’il ne vise que le milieu de l’éducation.

La nouvelle présidente de l’organisme, Éva Ottawa, s’impatiente de voir la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, annoncer sa stratégie globale de lutte aux violences sexuelles, une politique destinée à protéger toutes les femmes, pas seulement les étudiantes.

La stratégie est attendue depuis trois ans, car le dernier plan d’action est échu depuis 2013. La ministre Thériault s’était engagée en mars dernier à la rendre publique au printemps 2016. Mais les femmes l’attendent toujours.

«Le Conseil estime qu’il est plus que temps pour le gouvernement de lancer sa stratégie en matière d’agression et d’exploitation sexuelle et de l’accompagner d’un financement important et récurrent», écrit Mme Ottawa, dans un communiqué. Il y a urgence d’agir, selon elle.

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