Andrew Vaughan Andrew Vaughan / La Presse Canadienne

MUSKRAT FALLS, T.-N.-L. — Des opposants au barrage hydroélectrique Muskrat Falls, au Labrador, estiment que le projet constitue un test pour mesurer le désir réel de Justin Trudeau de tisser de nouveaux liens avec les Autochtones.

Jim Learning, un Inuit opposé depuis des années au mégaprojet, presse le premier ministre canadien d’appuyer le mouvement de contestation, qui brimerait selon lui trois cultures autochtones du Labrador. Selon M. Learning, la lune de miel est terminée et il est maintenant temps pour le premier ministre de joindre le geste à la parole.

Le promoteur Nalcor Energy a indiqué jeudi que des opposants au projet avaient bloqué l’accès des travailleurs au chantier de construction, près de Happy Valley-Goose Bay. Ils défiaient ainsi une ordonnance du tribunal obtenue par Nalcor la semaine dernière, et qui a mené à l’arrestation de neuf personnes lundi.

Le projet a connu des délais et des dépassements de coûts — qui sont passés de 7,4 milliards $ il y a quatre ans à 11,4 milliards $ aujourd’hui. On prévoit maintenant que la centrale produira de l’électricité en 2019 — plutôt que l’an prochain.

Mercredi, le promoteur a confirmé que le taux de méthylmercure devrait augmenter dans le réservoir de 41 kilomètres carrés créé par le barrage. Environ 2000 Inuits qui vivent dans la région se nourrissent notamment de poissons et de viande de phoque.

Le gouvernement provincial a forcé Nalcor à déboiser davantage le lit du futur réservoir — les arbres en zone inondée produisent ces neurotoxines.

Un geste qui ne satisfait pas M. Learning. «Le véritable méthylmercure est créé par le sol lui-même. Ils auraient beau enlever tous les arbres, il faudrait aussi retirer toute la mousse, jusqu’au sable», soutient-il.

Nalcor a cependant indiqué qu’elle comptait amorcer dès ce mois-ci, comme prévu, la première phase d’inondation — environ 25 pour cent du réservoir.

M. Learning, lui, promettait l’arrivée jeudi de nouveaux manifestants en provenance de Wabush, de Cartright et d’ailleurs au Labrador, afin de s’opposer pacifiquement aux travaux. «Je suis certain que la police fera preuve de jugement et, devant l’afflux de manifestants, reculera.»

Au cabinet du premier ministre Trudeau, on a transmis la question jeudi au ministre des Pêches, Dominic LeBlanc, qui a refilé la responsabilité au gouvernement provincial. «Notre gouvernement s’est engagé à nouer de nouvelles relations, de nation à nation, avec les peuples autochtones, basées sur la reconnaissance des droits, le respect, la coopération et le partenariat, écrit-il. On s’attend à ce que la province assume ses responsabilités afin de garantir la santé et la sécurité des Canadiens.»

La députée libérale fédérale de Labrador, Yvonne Jones, aussi secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires autochtones, a souhaité que le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, et la société Nalcor poursuivent les discussions avec les résidants avant de procéder à l’inondation. Elle souhaite aussi que l’on s’assure du respect intégral des conditions contenues dans les permis fédéraux.

L’artiste inuit Billy Gauthier, de North West River, au Labrador, poursuivait jeudi sa grève de la faim entamée il y a une semaine.

Maude Barlow, présidente du Conseil des Canadiens, croit que la contestation régionale commence à prendre une ampleur nationale.

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