Archives/TC Media Christine St-Pierre.

MONTRÉAL — C’est la déception du côté du Québec après que le Canada eut quitté la table des négociations du traité de libre-échange avec l’Europe, en raison du blocage effectué par la Wallonie, une région de la Belgique. Le négociateur en chef du Québec, Pierre Marc Johnson, a déploré vendredi que l’accord ait été «pris en otage» dans une situation de politique interne belge.

Mais il n’est pas prêt à jeter l’éponge, à l’instar du gouvernement du Québec. Ses divers représentants étaient du même avis vendredi: les négociations doivent se poursuivre.

Il s’agit d’une espèce de crise, estime M. Johnson.

Il se dit confiant qu’elle sera résolue, mais ne peut prévoir combien il faudra encore de temps avant que l’accord soit signé, a-t-il laissé tomber vendredi, lors d’un panel à Montréal portant justement sur cet accord commercial, organisé par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Plus tôt en journée, la ministre fédérale du Commerce international, Chrystia Freeland, a claqué la porte, annonçant la «fin et l’échec des négociations».

Des discussions intenses de dernière minute étaient en cours en Belgique, après que le Parlement wallon eut voté pour rejeter l’accord économique et commercial global (AECG).

Le négociateur en chef ne blâme pas Mme Freeland.

Elle n’a pas fait d’erreur en quittant la table, dit-il. «Parce que le Canada en est arrivé à la conclusion qu’il ne se passerait rien sans cela». Il n’y avait pas de véritable effort de la Wallonie depuis des jours, tranche-t-il.

M. Johnson souligne que 99,3 pour cent de l’Europe considère l’accord de libre-échange satisfaisant. Et que seule la Wallonie, une des régions de la Belgique — seul pays de l’Union européenne (UE) où les régions ont un droit de veto — se dit contre. L’accord risque maintenant d’achopper en raison de 0,7 pour cent de l’Europe, déplore-t-il.

«On a été pris en otage dans une situation de politique interne», a-t-il lancé lors du panel ayant lieu dans un hôtel montréalais, alors que des dizaines de manifestants scandaient des slogans anti-AECG à l’extérieur.

Trois manifestants ont même réussi à s’infiltrer à l’intérieur de la salle, criant «Merci la Wallonie!» et «Les profits avant la planète!», pour faire connaître leur désaccord.

M. Johnson dit que les préoccupations de la Wallonie ont été écoutées et «qu’on en a tenu compte», mais que «c’est comme s’ils l’ignoraient».

«J’ai l’impression que derrière ça, il y a des enjeux politiques internes à la Wallonie et qui sont en train de déteindre malheureusement sur la Belgique elle-même et donc sur l’unanimité nécessaire au niveau du Conseil de l’Union européenne pour ratifier cet accord».

Selon le premier ministre Philippe Couillard, il est un peu tôt pour déclarer que l’aventure est terminée. Il est d’avis qu’il peut encore y avoir des conversations qui pourraient mener à «une issue plus heureuse».

«Si cela ne fonctionnait pas, après sept ans de négociations, ça nous dit que le discours protectionniste négatif et populiste est en train d’envahir plusieurs endroits du monde. C’est un discours qui est négatif pour les populations concernées. Si par malheur l’accord ne fonctionnait pas, c’est la Belgique elle-même qui va en souffrir, pour son économie», a-t-il ajouté, alors qu’il se trouvait à Toronto.

La ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, Christine St-Pierre, s’est aussi déclarée «déçue», mais répète que les négociations doivent se poursuivre.

«La balle est dans le camp des parties là-bas», a-t-elle commenté, ajoutant avoir fait tout ce qui était nécessaire.

Selon Jean Charest, aussi présent lors du panel, «il ne faut surtout pas abandonner la course à ce moment-ci», soulignant qu’«il y a toujours des imprévus sur la fin» et qu’il fallait s’y attendre.

L’ancien premier ministre québécois a été l’instigateur principal de cet accord de libre-échange.

Il est d’avis qu’il faut prendre un moment d’arrêt «et revoir à nouveau comment trouver une voie de sortie».

Questionné à savoir sur qui retombe la responsabilité de l’impasse des négociations, il estime que cela est d’abord une affaire interne de la Belgique.

Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, n’a pas mâché ses mots vendredi.

«Les Européens sont devant un gâchis», tranche-t-il, sans appel.

Il dit faire le constat que l’Europe a de la difficulté à fonctionner et à prendre une décision, laissant une petite région d’un pays bloquer un accord qui est bénéfique pour le Canada et pour l’Europe.

«La Wallonie aujourd’hui fait face à sa responsabilité, et l’Europe aussi».

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