QUÉBEC — Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a rappelé jeudi l’importance des «valeurs canadiennes» de bon voisinage au gouvernement du Québec, qui s’est opposé cette semaine à toute aide fédérale au projet hydroélectrique de Muskrat Falls, dont les coûts ont explosé.

La ministre des Finances de cette province, Cathy Bennett, a également souligné que le gouvernement québécois avait reçu 10 milliards $ d’Ottawa en péréquation l’an dernier, ce qui ne l’a pas empêché de déclarer un surplus de 2,2 milliards $.

Dans une conférence de presse où elle présentait une mise à jour économique qui prévoit un déficit de 1,6 milliard $, Mme Bennett a exprimé sa déception devant la position québécoise.

Le gouvernement fédéral a confirmé cette semaine avoir reçu une demande du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador afin d’étendre une garantie de prêt accordée précédemment au projet de construction de Muskrat Falls, dont les coûts sont passés de 7,4 milliards $ à plus de 11 milliards $.

Mercredi, le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Jean-Marc Fournier, a déclaré qu’Ottawa nuirait aux intérêts d’Hydro-Québec en augmentant son aide financière au projet de centrale hydroélectrique, au Labrador.

À Saint-Jean, jeudi, Mme Bennett a réagi aux propos de M. Fournier en insistant sur l’importance des valeurs canadiennes.

«J’ai été déçue d’entendre les informations en provenance du Québec, a-t-elle dit. Je pense que les valeurs canadiennes nous permettent de faire les choses autrement qu’en tentant de ne pas soutenir nos voisins.»

Mme Bennett a du même coup rappelé que la situation financière de Terre-Neuve est différente de celle du Québec, du point de vue des versements de péréquation du gouvernement fédéral.

«Je crois que plus tôt cette semaine, le ministre des Finances du Québec a annoncé un surplus de 2 milliards $, a-t-elle dit. Et si je me souviens bien, ils ont aussi reçu 10 milliards $ en péréquation. Je suis assise ici aujourd’hui pour dire à la population de notre province que nous ciblons un déficit de 1,6 milliard $. Et nous n’avons rien reçu en péréquation.»

En 2013, le gouvernement québécois avait déjà dénoncé la décision d’Ottawa d’offrir une somme de 6,3 milliards $ pour améliorer la capacité d’emprunt de la société Nalcor, responsable du projet hydroélectrique.

À Québec, jeudi, le cabinet de M. Fournier a évité de répéter son opposition à tout financement supplémentaire, en insistant sur le fait que Terre-Neuve aurait intérêt à engager un dialogue avec le Québec, malgré des différends historiques dans le dossier de l’hydroélectricité.

«Je ne vais pas commencer, avant même que débute cette conversation, à soulever des polémiques», a-t-il dit.

Terre-Neuve a récemment décidé de s’adresser à la Cour suprême dans un ultime recours pour contester un contrat d’approvisionnement conclu par Hydro-Québec en 1969 avec l’entreprise qui exploite la centrale de Churchill Falls au Labrador, malgré des échecs devant des tribunaux inférieurs.

Dans un échange avec la presse parlementaire, M. Fournier a affirmé qu’il n’était pas froissé par les commentaires de Mme Bennett.

«Dans nos valeurs canadiennes, qui sont même celles de Terre-Neuve, c’est un désir de travailler ensemble et c’est ce que j’offre, a-t-il dit. On doit travailler à cette activité commerciale qui est l’avenir de nos régions.»

M. Fournier a toutefois rejeté le rapprochement de Mme Bennett entre l’opposition du Québec et les surplus qu’il dégage tout en recevant de la péréquation d’Ottawa.

«Ça n’a rien à voir avec la péréquation, c’est des objets différents», a-t-il dit.

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