Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC — Le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État est à «reprendre», selon l’ancienne députée libérale Fatima Houda-Pepin: il ouvre la porte toute grande au tchador et à la burka dans les services publics, par soumission à l’islamisme.

Elle a soutenu jeudi, en commission parlementaire, que cette pièce législative du gouvernement Couillard constituerait une «violation flagrante à l’égalité homme-femme» si elle est adoptée.

Mme Houda-Pepin a été expulsée de l’aile parlementaire libérale par Philippe Couillard en janvier 2014, précisément sur cet enjeu: elle était favorable à l’interdiction des signes religieux ostentatoires chez les juges, les policiers et les gardiens de prison, à l’encontre de la position du PLQ. Elle a été battue dans sa circonscription de La Pinière aux élections de 2014.

«Le projet de loi 62 est à reprendre, a-t-elle dit devant la commission qui étudie le texte législatif. Si vous voulez faire une oeuvre utile, pas pour le Parti libéral, le PQ, la CAQ ou Québec solidaire, mais pour le Québec, il doit être réécrit.»

Le projet de loi vise à assurer la neutralité religieuse de l’État. Il impose notamment à toute personne d’avoir le visage découvert pour demander ou offrir un service de l’État.

Ce faisant, on autorise le tchador et le hidjab dans la fonction publique et chez les représentants de l’État, a conclu Mme Houda-Pepin. Le tchador est ce voile intégral noir qui dégage seulement le visage, tandis que le hidjab est un foulard porté par les musulmanes qui recouvre la tête, mais laisse le visage découvert.

Qui plus est, on autorise même le voile intégral, le niqab ou la burka, a-t-elle poursuivi, parce qu’un paragraphe du projet de loi permet des accommodements, au cas par cas.

«Si vous voulez les introduire dans un projet de loi quelconque, vous êtes en train de faire une violation flagrante de l’égalité homme-femme», a-t-elle affirmé dans un point de presse à la suite de son intervention.

Pour elle, le niqab, le tchador, la burka, sont des symboles d’oppression des femmes et non des signes religieux, et ce n’est pas l’islam, mais l’islamisme, la doctrine politique, qui veut l’imposer.

Elle accuse le premier ministre Philippe Couillard d’avoir reculé sur ses principes depuis 2013, lui qui voulait inscrire la neutralité religieuse de l’État dans la Charte des droits de la personne et qui voulait déposer un projet de loi qui lutterait contre l’intégrisme.

Mme Houda-Pepin réclame notamment à tout le moins une définition de la neutralité religieuse de l’État dans le projet de loi et souhaite que l’esprit partisan soit mis de côté pour régler cette question qui traîne depuis 2008.

Pour sa part, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, qui est responsable du projet de loi, a répondu qu’elle n’était «pas prête à dire que le projet de loi est à rebâtir complètement».

L’interdiction du tchador irait à l’encontre de la liberté de conscience et forcerait le gouvernement à avoir recours à la clause dérogatoire, a-t-elle également évoqué.

Rappelons que le projet de loi 62 vise aussi à fournir aux organismes publics et institutions des balises servant à les aider à répondre adéquatement aux demandes d’accommodements religieux.

Les demandes d’accommodements religieux devraient notamment respecter le droit à l’égalité entre les femmes et les hommes, ne pas compromettre la neutralité religieuse de l’État et n’imposer «aucune contrainte excessive».

De plus, «la personne qui en ferait la demande devrait participer à la recherche d’une solution raisonnable».

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