QUÉBEC — Un nouveau marathon de négociations entre Québec et les fédérations de médecins a été entrepris lundi, en vue de fixer leur rémunération des prochaines années.

L’enjeu est majeur, puisqu’il implique plusieurs milliards de dollars de fonds publics. Et le processus s’annonce difficile, le lobby des médecins étant réputé puissant, gourmand et tenace, alors que le gouvernement Couillard se montre bien déterminé à être moins généreux que lors des négociations précédentes, qui avaient permis aux médecins d’effectuer un rattrapage monétaire substantiel par rapport à leurs collègues ontariens.

D’entrée de jeu, lundi, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui avait participé aux négociations en 2006, mais de l’autre côté de la table alors qu’il présidait la Fédération des médecins spécialistes, a mis cartes sur table: le rattrapage monétaire réclamé alors a été «fait et complété» au cours de la dernière décennie, et cet enjeu n’est donc plus à l’ordre du jour.

Les discussions pourraient aussi inclure de rouvrir les ententes passées prévoyant l’étalement des augmentations jusqu’en 2021, une avenue aussitôt rejetée par les deux fédérations de médecins.

Depuis cinq ans, la rémunération des médecins spécialistes a fait un bond de 37 pour cent, et celle des médecins de famille, de 26 pour cent.

L’entente précédente signée avec la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ) et la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) est échue depuis le 31 mars 2015.

En conférence de presse, lundi, le ministre Barrette a invité ses anciens collègues à se montrer moins gourmands que par le passé, faisant appel à leur «conscience sociale» et à leur «gros bon sens», lors des séances de négociations à venir.

Tableaux à l’appui, il a fait valoir que lors des discussions précédentes, en 2006, l’écart de rémunération entre les médecins québécois et ontariens atteignait 47 pour cent. Cet écart ne serait plus selon lui que de 10 pour cent, soit l’écart du coût de la vie entre les deux provinces.

«Il ne s’agit donc pas d’une négociation d’enrichissement mais de bon sens», a martelé le ministre Barrette.

L’an dernier, les médecins ont reçu au total 7,3 milliards $ de l’État québécois, dont plus de 4,6 milliards $ sont allés aux médecins spécialistes.

À ce rythme, M. Barrette dit craindre que les médecins québécois en viennent à dépasser la moyenne canadienne au chapitre de la rémunération, eux qui ont tiré de l’arrière pendant plusieurs années.

En 2014, le ministre Barrette avait conclu une entente avec les médecins visant à étaler sur un plus grand nombre d’années les hausses consenties initialement pour les années 2014-2015 et 2015-2016. Les médecins devaient eux aussi, disait-il, participer à l’effort d’assainissement des finances publiques en acceptant d’étaler les augmentations offertes. En 2021, en vertu de cet étalement, les quelque 20 000 médecins québécois se partageront, en principe, quelque 9 milliards $.

De plus, les médecins bénéficient d’une clause remorque, leur assurant d’obtenir les mêmes hausses salariales que celles accordées aux employés de l’État.

Tout cela est désormais sur la table, a indiqué le ministre Barrette.

Ce discours n’a pas du tout plu aux deux fédérations visées, qui n’ont pas tardé à réagir.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) a rappelé au ministre Barrette l’importance de respecter les ententes conclues «de bonne foi».

«Si l’État renie continuellement sa signature et ses engagements, comment faire confiance à nos élus dans un tel contexte et à quoi bon négocier tout simplement?», s’est interrogé par voie de communiqué le président du regroupement, le docteur Louis Godin.

La FMOQ soutient par ailleurs qu’il est faux de prétendre que l’écart de rémunération entre les médecins omnipraticiens québécois et ontariens se situe à 10 pour cent. Cet écart serait «beaucoup plus élevé» et la fédération entend le démontrer durant les négociations à venir.

La Fédération des médecins spécialistes craint elle aussi que Québec n’honore pas sa signature.

«Comment peut-on accorder de la crédibilité à Gaétan Barrette, lui qui renie sa première signature, en novembre 2014, en tant que ministre de la Santé? Pourtant, le ré-étalement de l’entente de 2006 et la clause remorque étaient SES propositions», écrit dans un communiqué la présidente de la FMSQ, la docteure Diane Francoeur, en exigeant elle aussi du ministre qu’il fasse preuve de bonne foi.

La porte-parole en santé de l’opposition officielle, la députée péquiste Diane Lamarre, considère que les médecins ont déjà été trop gâtés. Elle réclame un gel de leur rémunération pour les prochaines années, pour tenir compte de la capacité de payer des Québécois.

Elle estime aussi qu’un groupe d’experts devrait superviser tout le processus de négociations, parce que le ministre est incapable d’offrir une «garantie de services à la population», a plaidé Mme Lamarre, en point de presse.

La Coalition avenir Québec (CAQ) partage l’avis qu’il faut geler le salaire des médecins, pour investir plutôt dans les services de santé à la population. Elle juge aussi impératif de revoir le mode de rémunération à l’acte des médecins pour le transformer en un système de rémunération mixte.

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