(Photo gracieuseté - Corridor Appalachien) Environ huit orignaux décèdent chaque année dans un accident sur l'autoroute 10 en Estrie.

Chaque année, plus de 300 animaux sont happés mortellement par des véhicules en tentant de traverser l’autoroute 10, entre Granby et Sherbrooke. Un macabre bilan que Corridor Appalachien entend améliorer d’ici les prochaines années par l’aménagement de passages fauniques.

Biologiste pour l’organisme, Caroline Daguet reconnaît que ces statistiques font réfléchir, surtout qu’il est probable que bien des décès d’animaux n’ont pas été détectés, ni comptabilisés par le ministère des Transports du Québec (MTQ). Des quelque 300 bêtes tuées, près de la moitié sont des cerfs de Virginie. Les autres victimes sont des animaux de petite taille comme des ratons laveurs et des renards.

«Voir ces chiffres, ça interpelle beaucoup, soutient Mme Daguet. Certains de ces accidents ont été plus graves que d’autres pour les usagers de la route, mais ils ont été tous mortels pour la faune. Celle-ci se retrouve prise au piège par une barrière artificielle fabriquée par l’humain et qui leur a été imposée, soit l’autoroute.»

Des secteurs clés
De plus, on dénombre annuellement environ huit accidents impliquant des orignaux et deux avec des ours noirs, essentiellement entre les kilomètres 78 (Bromont) et 121 (Magog). C’est d’ailleurs dans cette zone que Corridor Appalachien entend concentrer ses efforts dans les prochaines années pour résoudre ce problème.

Concrètement, trois corridors névralgiques ont été identifiés. Ils sont situés dans les secteurs d’Orford, Austin et Magog, ensuite à la hauteur de Stukely-Sud et Saint-Étienne-de-Bolton et finalement vers les monts Brome et Shefford. «En 2017, on installera des caméras à déclenchement automatique à ces endroits pour observer le comportement des animaux. Ces données permettront de valider le meilleur emplacement possible pour aménager un passage», ajoute la spécialiste.

Une question de coûts
L’aménagement de passages fauniques demeure l’objectif principal derrière cette démarche, amorcée depuis plus de quatre ans. Si tout se déroule comme prévu, un premier corridor pourrait voir le jour dès 2019 dans la région. Il s’agirait d’une première réalisation du genre au Québec dans un territoire urbain. «Dans un milieu naturel peu habité, ce travail serait beaucoup plus facile à réaliser, admet Mme Daguet. Mais ici, le simple fait d’installer des clôtures pour la faune est compliqué, car la majorité du territoire appartient à des intérêts privés. C’est une contrainte majeure que l’on doit considérer.»

Il y a aussi la question de coûts puisque certains types de passages nécessitent des investissements substantiels. C’est le cas du pont vert, une structure qui enjamberait l’autoroute et sur laquelle il serait même possible de restaurer des habitats. Si ce scénario a de quoi faire rêver comme le soutient la biologiste, il serait plutôt étonnant qu’il se concrétise. «Oui, ça frappe l’imaginaire, mais dans le pratico-pratique, c’est quelque chose de beaucoup trop dispendieux. On préfère travailler sur les projets déjà inscrits au calendrier du MTQ en les améliorant. On peut penser, par exemple, à élargir davantage un ponceau pour la faune ou prévoir un passage sous la structure qui sera remplacée ou réparée. En travaillant ensemble, la facture sera beaucoup moins élevée», conclut-elle.

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