Les programmes de compensation élaborés par le gouvernement fédéral pour épauler les producteurs laitiers et fromagers québécois sont nettement insatisfaisants aux yeux du ministre de l’Agriculture du Québec.

En conférence de presse à l’Assemblée nationale, vendredi, Pierre Paradis a fait valoir que le plan dévoilé jeudi par son homologue fédéral, Lawrence MacAulay, n’est «absolument pas» à la hauteur de ses attentes.

Car les producteurs laitiers et fromagers québécois, en particulier les petits artisans fromagers, seront affectés de façon «beaucoup plus importante» que les autres provinces par le traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (UE), a insisté M. Paradis.

«Dans ce que le fédéral a annoncé hier, il n’y a pas de partage entre les différentes provinces. Le Québec produit 40 pour cent du lait et au minimum 60 pour cent des fromages fins de tout le Canada», a-t-il relevé.

En vertu de l’Accord économique commercial et global (AECG), 17 700 tonnes additionnelles de fromages européens pourront entrer au Canada à chaque année, ce qui représente environ quatre pour cent de l’ensemble du marché.

«Sur les 17 700 tonnes de fromages qui vont arriver de l’Europe, il y en a 16 000 qui seront des fromages fins. Donc, c’est le Québec qui va subir les effets négatifs les plus importants — les petits fromagers, particulièrement», a souligné le ministre.

Il reproche par ailleurs au fédéral de ne pas avoir fourni de détails sur les modalités entourant la délivrance des permis d’importation et d’avoir échoué à trouver une solution dans le dossier du lait diafiltré, un problème «qui n’est pas compliqué à régler», d’après lui.

Le lait diafiltré est un liquide importé des États-Unis dont la teneur en protéines est très élevée. Il est utilisé dans la production de fromages ou de yogourt, notamment.

Il est considéré comme un ingrédient quand il traverse la frontière et n’est ainsi pas soumis au système de gestion de l’offre. L’Agence canadienne d’inspection des aliments le considère toutefois comme du lait frais lorsqu’il entre dans la composition d’un fromage.

Bref, même si le fédéral a fait «un pas dans la bonne direction», il manque «beaucoup de précisions pour qu’on ait une politique globale laitière intelligente, cohérente, qui se tient debout», a estimé le ministre Paradis.

C’est pourquoi il dit avoir «exigé» une rencontre bilatérale avec le ministre MacAulay en compagnie de sa collègue à l’Économie, Dominique Anglade, et l’homologue fédérale de cette dernière, Chrystia Freeland.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’est lui aussi montré déçu des mesures annoncées par le gouvernement fédéral, qui a selon lui une évaluation «risible» des pertes qu’encaisseront les industries laitière et fromagère du Québec.

Les programmes de compensation fédéraux visant à accompagner les producteurs et transformateurs dans cette transition, dévoilés jeudi, totalisent 350 millions $ — 250 millions $ sur cinq ans dans les fermes laitières et 100 millions $ sur quatre ans pour les producteurs fromagers.

Chez Producteurs de lait du Québec, on estime que l’entrée en vigueur de l’AECG occasionnera des «pertes permanentes» annuelles de 150 millions $ pour l’industrie laitière et 150 de millions $ pour l’industrie fromagère.

«Sur cinq ans, on estime à 1,5 milliard $ la perte pour l’industrie laitière et fromagère et, sur cinq ans, le fédéral offre 350 millions $», a résumé M. Lisée, selon qui le décalage entre ces deux montants témoigne de «l’incompétence de négociateur du gouvernement libéral québécois».

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