Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Le manuscrit est vieux d’une centaine d’années et pose un regard bien personnel sur la Première Guerre mondiale. Ce journal intime ayant appartenu à Clarence Booth, qui servait dans le régiment montréalais «Victoria Rifles», fait partie des milliers d’artéfacts réunis par le Centre canadien de la Grande Guerre (CCGG). Il aurait facilement pu tomber dans l’oubli.

Tenir un journal intime était strictement interdit aux soldats, puisqu’on craignait à l’époque que des informations puissent tomber aux mains de l’ennemi, explique la commissaire du CCGG, Caitlin Bailey.

Quoi qu’il en soit, la plupart des soldats tenaient «une sorte de carnet», ajoute-t-elle.

Près de 5000 objets ont été récoltés pendant près de trois décennies par l’homme d’affaires Mark Cahill. La collection — dont 90 pour cent des objets ont appartenu à des Canadiens — comprend des épinglettes, des médailles, des casques, des uniformes, des armes, des lettres et autres effets personnels.

Une partie des artéfacts sont accessibles au public dans les locaux de l’entreprise de Mark Cahill, situés dans une ancienne usine revampée.

Le souci premier était de raconter la Première Guerre mondiale au travers de récits personnels pour en faire «l’histoire des gens ordinaires et des expériences qu’ils ont vécues», a fait valoir M. Cahill.

La passion de l’homme d’affaires pour la Grande Guerre est bien personnelle, alors que son grand-père y a pris part au sein des troupes américaines. Son père a par ailleurs été au combat pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il s’est longtemps demandé quoi faire de sa collection, au fur et à mesure qu’elle prenait de l’ampleur. Comme Mme Bailey, il croit qu’une foule d’histoires méritent d’être racontées.

Le journal intime de Clarence Booth s’ouvre sur son enrôlement dans l’armée, en 1915 et se termine abruptement, à la moitié de l’année 1916, moment où il a été en proie à un grave traumatisme dû à des bombardements. Il a finalement survécu à la guerre.

«À la lecture, on a l’image très claire de quelqu’un qui était très excité par la grande aventure qui l’attendait. Quand il s’est rendu (sur place) et a réalisé que ça ne serait pas ce à quoi il s’attendait, (son récit) est devenu de plus en plus triste et pessimiste», résume Mme Bailey.

L’une des histoires de guerre parmi les préférées de la commissaire est celle de Arsène Bélanger, un ancien soldat originaire de Rimouski. Celui qui a été membre du 22e régiment royal a dû prouver qu’il ne s’était pas blessé intentionnellement au pied pour pouvoir être dispensé d’aller au front.

M. Bélanger a alors été placé en isolement et a dû se défendre devant un tribunal, lequel a finalement déterminé que le Québécois avait bel et bien reçu une balle dans le pied.

Il est ensuite retourné au front, peu de temps après, pour se battre trois autres années. De grands pans de son histoire demeurent toutefois inconnus.

Mme Bailey espère qu’une plus grande tribune sera dédiée à raconter la Première Guerre mondiale.

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