Collaboration spéciale

MARRAKECH, Maroc — Québec demande plus d’argent du gouvernement fédéral pour indemniser les producteurs laitiers québécois qui seront affectés par l’accord de libre-échange avec l’Union européenne (UE).

Le premier ministre Philippe Couillard a laissé entendre jeudi que la part dévolue au Québec des 350 millions $ prévus par Ottawa ne suffit pas.

Il a confirmé que son ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, en réclamera davantage au cours d’une rencontre avec son homologue fédéral, Lawrence MacAulay, prévue le jour même.

Le premier ministre estime que le programme d’indemnisation annoncé par Ottawa est injuste, puisqu’il prévoit un financement égal pour chaque province, alors que le Québec produit une plus grande part de fromages fins du pays. Or, leurs producteurs seront davantage affectés par la hausse des importations de fromage provenant de l’Union européenne.

«D’avoir une distribution qui soit égale entre les provinces ne semble pas refléter la réalité et ne semble pas tout à fait juste pour nos producteurs», a déclaré M. Couillard dans une mêlée de presse en marge de la COP22, la Conférence des Nations unies (ONU) pour les changements climatiques, à Marrakech, au Maroc, où il est en mission.

Il n’a pas voulu chiffrer précisément ses revendications, mais il souhaite que le mécanisme de dédommagement mis en place par le fédéral respecte la part plus importante que le Québec occupe dans le marché des fromages fins, a-t-il insisté.

À Québec, à l’occasion d’une assemblée spéciale, le président des Producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, a salué la sortie du premier ministre québécois.

«Tout geste est apprécié, a-t-il dit lorsqu’informé des propos tenus par M. Couillard. Nous apprécions le geste du fédéral (les compensations), mais c’est insuffisant. Il faut aller plus loin.»

En vertu de l’accord de libre-échange qui devrait entrer en vigueur en 2017, 17 700 tonnes additionnelles de fromages européens pourront entrer au Canada chaque année, ce qui représente environ 4 pour cent de l’ensemble du marché. Le gouvernement estime que cela occasionnera des pertes de 1,4 pour cent aux producteurs laitiers et fromagers.

Ottawa a annoncé deux programmes cet automne: 250 millions $ sur cinq ans dans les fermes laitières et 100 millions $ sur quatre ans pour les producteurs fromagers qui devront être investis dans l’innovation, la modernisation des exploitations ainsi que l’amélioration de la productivité et de la compétitivité.

Ironiquement, M. Couillard a abordé cet enjeu dans un point de presse commun avec le ministre-président de la Wallonie, Paul Magnette.

Ce dernier s’est rendu célèbre dans le monde récemment en bloquant pendant un certain temps la signature de cet accord de libre-échange, jusqu’à obtenir les garanties souhaitées par son gouvernement.

«Il faut dire aux producteurs de fromages fins québécois qu’ils sont les bienvenus sur les marchés chez nous, puisqu’on aime beaucoup vos produits, donc je suis sûr qu’ils trouveront de nouveaux débouchés dans nos régions», a-t-il déclaré.

M. Magnette a pris la peine de préciser qu’il n’avait rien contre le Canada, mais qu’il s’opposait à des mécanismes internes de l’Union européenne et à des dispositions sur la protection des investisseurs.

M. Couillard, qui a pleinement soutenu l’accord depuis le début, a néanmoins admis que «les problèmes soulevés (par la Wallonie) étaient les bons» et que la région wallonne, qui était un partenaire du Québec, avait ainsi permis d’améliorer l’accord.

En octobre, la Wallonie, région francophone de Belgique peuplée de 3,5 millions d’habitants, s’est donc trouvée à court-circuiter une entente entre l’Union européenne, une zone de 500 millions d’habitants, et le Canada et ses 36 millions d’habitants, une entente obtenue après sept ans de négociations.

Pour ratifier l’entente comme chacun des membres de l’UE, le Parlement fédéral belge devait en effet obtenir l’aval du Parlement wallon qui a soulevé de nombreuses objections. Entre autres, les Wallons s’inquiétaient du sort de leur agriculture. Aussi, ils souhaitaient que les litiges soient tranchés par des tribunaux nationaux.

M. Magnette s’opposait également à un processus d’arbitrage qui permettrait aux multinationales de contester devant la justice les décisions gouvernementales.

Jeudi, il a réaffirmé avoir obtenu «pleine satisfaction», grâce à un encadrement du mécanisme de règlement des litiges entre les entreprises et les gouvernements.

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