Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

OTTAWA — La controverse entourant les activités de financement du Parti libéral du Canada a pris une nouvelle tournure, jeudi: l’ex-ministre conservateur Chuck Strahl, qui siégeait au sein du comité de gouvernance de la Fondation Pierre-Elliott-Trudeau, a démissionné.

La fondation a obtenu en juin un généreux don d’un haut responsable chinois qui avait versé un mois plus tôt au Parti libéral du Canada (PLC) 1500 $ — le maximum permis par la loi — pour dîner en compagnie du premier ministre Justin Trudeau dans une résidence privée de Toronto.

En visite jeudi à Monrovia, au Libéria, M. Trudeau a soutenu que depuis son élection comme député de Papineau, il avait coupé tous les ponts entre lui et cette fondation créée en mémoire de son père en 2001. Et pour bien démontrer l’indépendance de cette fondation face au PLC, M. Trudeau a rappelé que deux membres des comités directeurs de la fondation sont des adversaires politiques — Chuck Strahl et l’ex-députée néo-démocrate Megan Leslie.

Selon le quotidien «The Globe and Mail», M. Strahl écrit dans sa lettre de démission à la fondation qu’il ne permettra pas aux libéraux de se servir de son nom pour cautionner leurs activités de financement politique. Il a été impossible de joindre l’ex-ministre conservateur pour obtenir ses commentaires.

Depuis quelques jours, l’opposition à Ottawa accuse les députés libéraux d’organiser des événements-bénéfice qui assurent aux participants un accès direct à des ministres, moyennant contribution au PLC. L’opposition cite notamment ce dîner privé avec le premier ministre, en mai à Toronto, pour lequel des représentants chinois ont versé 1500 $ au PLC. L’un des convives a plus tard versé un million de dollars à la Fondation Pierre-Elliott-Trudeau, mais les libéraux soutiennent qu’il n’y a aucun lien entre le PLC et cette généreuse contribution.

L’opposition estime toutefois que le premier ministre enfreint l’esprit de la loi et ses propres normes éthiques, imposées aux membres de son cabinet. Ces règles prévoient notamment que les ministres doivent non seulement éviter les conflits d’intérêts, mais aussi toute apparence de conflits d’intérêts. Interpellé lors des périodes de questions en Chambre toute la semaine, M. Trudeau a soutenu qu’il avait participé à ce dîner pour favoriser les investissements étrangers au Canada.

Statue de Pierre Trudeau

Le dîner à 1500 $ le couvert avec M. Trudeau à Toronto, en mai dernier, réunissait notamment Zhang Bin, président d’une association chinoise parrainée par Pékin, et Shenglin Xian, qui attendait l’approbation finale d’Ottawa pour ouvrir une banque au Canada, après avoir conclu une entente de principe avec le précédent gouvernement conservateur. M. Bin et un partenaire d’affaires, Niu Gensheng, ont plus tard finalisé un don d’un million de dollars à la faculté de droit de l’Université de Montréal et à la Fondation Pierre-Elliott-Trudeau.

La fondation se décrit, sur son site internet, comme «un organisme de bienfaisance indépendant et sans affiliation politique créé en 2001 par les amis, la famille et les collègues de l’ancien premier ministre pour lui rendre hommage». Elle «a pour objet de promouvoir la recherche d’envergure effectuée en sciences humaines et sociales».

Une porte-parole de la fondation a indiqué que l’Université de Montréal l’avait contactée en janvier 2014 lorsque MM. Zhang et Gensheng ont exprimé le souhait de faire un don pour honorer la mémoire de l’ex-premier ministre Trudeau. Selon Gwenola Appere, des pourparlers ont débuté en septembre 2014 entre la fondation, l’université et les représentants chinois, et une entente a été signée un an et demi plus tard, le 1er juin dernier, lors d’une cérémonie publique.

MM. Zhang et Gensheng ont versé 750 000 $ à l’Université de Montréal pour des bourses d’études, selon l’institution montréalaise. L’université a par ailleurs reçu une autre somme de 50 000 $ pour l’érection d’une statue de Pierre Elliott Trudeau à la faculté de droit, où l’ex-premier ministre avait étudié.

La fondation a enfin reçu 200 000 $ pour organiser à compter de l’an prochain des conférences et divers événements sur le rôle de la Chine dans le monde et l’évolution des relations sino-canadiennes, a indiqué Mme Appere. Ce don de 200 000 $ doit être remis à la fondation en trois versements, dont un premier effectué en juillet dernier.

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