JONATHAN HAYWARD JONATHAN HAYWARD / La Presse Canadienne

TORONTO — Le chanteur des Tragically Hip, Gordon Downie, est désigné «Personnalité de l’année 2016 au Canada», à l’issue du sondage annuel mené par La Presse canadienne auprès de médias d’information de tout le pays.

Atteint d’un cancer du cerveau incurable, Gord Downie a offert cette année toute une oeuvre artistique consacrée au triste sort des enfants autochtones enlevés à leurs parents pour être confiés à des pensionnats fédéraux.

Gord Downie a recueilli 39 pour cent des voix auprès des éditeurs, rédacteurs en chef, vice-présidents et directeurs de l’information qui ont répondu au sondage. Il devient par ailleurs le premier artiste à être choisi Personnalité de l’année en 70 ans de sondage.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui avait remporté le titre en 2015, année de son élection, est arrivé cette fois deuxième avec 27 pour cent des voix. Le chef des pompiers de Fort McMurray, Darby Allen, et la quadruple médaillée olympique Penny Oleksiak, de Toronto, arrivent ex aequo avec 12 pour cent des votes.

Au Québec, le premier ministre Trudeau a recueilli trois voix et la nageuse Penny Oleksiak deux votes. Une voix est aussi allée à Pierre Karl Péladeau, au chef des pompiers de Fort McMurray et à la romancière d’origine montréalaise Madeleine Thien.

Gord Downie a causé surprise et émotion, en mai, lorsqu’il a annoncé qu’il était atteint d’un cancer incurable au cerveau, mais qu’il partirait néanmoins en tournée avec les Tragically Hip. À la dernière étape de cette «tournée d’adieu», diffusée en direct à la télévision de CBC — qui a alors interrompu sa couverture des Olympiques de Rio —, le chanteur a pris un moment pour parler du triste sort des Autochtones.

«Secret Path»

Moins d’un mois plus tard, l’auteur et interprète, père de quatre enfants, dévoilait un nouveau projet artistique, «Secret Path», constitué d’un album solo, d’un film d’animation et d’un roman graphique. L’oeuvre est inspirée de l’histoire tragique d’un Autochtone de 12 ans, Chanie Wenjack, mort de froid et de faim en 1966 après avoir fugué d’un pensionnat fédéral pour rejoindre les siens.

Ce «concert d’adieu» à Kingston, en Ontario, et la résilience de Downie face à la maladie semblent avoir touché une corde sensible au Canada anglais. «Chacun se rappellera où il était le soir de ce concert», a commenté Treena Wood, directrice de la programmation à la station CKWX News, de Vancouver.

Le cas de Downie est d’ailleurs assez singulier: le cancer qui le ronge lui a quand même permis de continuer à chanter, du moins l’été dernier, et en quelque sorte de mettre en scène lui-même sa sortie. «Il veut casser la baraque», prévenait son agent, Patrick Sambrook, lors de l’annonce de cette «tournée d’adieu», en mai.

Les billets de la tournée «Man Machine Poem» se sont vendus à la vitesse de l’éclair, et les Tragically Hip ont alors conclu une entente avec la télévision anglaise de Radio-Canada pour la diffusion en direct du dernier spectacle, chez eux à Kingston. On estime que quatre millions de Canadiens ont regardé le concert d’adieu à la télévision ce soir-là. Au milieu d’un spectacle de près de trois heures, il a utilisé cette plateforme, en direct à la télévision publique, pour dénoncer le sort réservé aux Autochtones, surtout dans le Nord.

Plus tôt ce mois-ci, un Gord Downie très ému a été salué par l’Assemblée des Premières Nations. «Il faudra attendre 150 ans, ou sept générations, avant de panser les plaies des pensionnats fédéraux pour Autochtones, avant de devenir un pays qu’on pourra véritablement appeler Canada», a laissé tomber le chanteur, la gorge nouée.

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