QUÉBEC — Une entreprise albertaine qui veut relancer l’industrie des gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent tente de calmer le jeu: elle vise bel et bien l’extraction des hydrocarbures à une échelle commerciale, mais la mise en place de projets-pilotes prendra au moins un an.

Le potentiel des gisements à exploiter serait même plus grand que prévu et serait profitable, a assuré la société Questerre.

La controverse est repartie depuis la publication d’un communiqué de l’entreprise la semaine dernière, dans lequel elle fait état de son intention de lancer des projets-pilotes dans les MRC de Lotbinière et Bécancour, sur la rive sud du Saint-Laurent.

Les opposants comme Greenpeace et le Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec (RVHQ) soupçonnent que ces projets-pilotes ouvriraient la porte à une exploitation à grande échelle et veulent contrecarrer les efforts de Questerre. Ils redoutent les effets du procédé de fracturation hydraulique _ un procédé controversé d’extraction des hydrocarbures _ en raison de ses effets sur les nappes phréatiques notamment.

En entrevue téléphonique avec La Presse canadienne mercredi après-midi, le président de Questerre, Michael Binnion, n’a pas nié l’ambition de son entreprise de «développer les découvertes» de gisements de gaz de schiste.

En se fondant sur son communiqué, qui est en fait une évaluation indépendante du potentiel des ressources détenues par Questerre comme l’exigent les autorités réglementaires, il a aussi assuré qu’une exploitation commerciale serait possible et profitable, contrairement à ce que soutiennent les militants écologistes.

Le potentiel serait supérieur en raison des «avancées technologiques», a plaidé M. Binnion. «Les experts nous disent que ce serait rentable, a-t-il déclaré. Ce serait profitable pour les communautés, profitable pour les entreprises et profitable pour le gouvernement.»

Cependant, les projets-pilotes éventuels ne pourraient voir le jour avant au moins un an, en raison de la planification en matière de génie, des équipements et des autorisations, etc.

«Il n’y a aucun projet-pilote spécifiquement, c’est un concept (…), je vous promets que cela ne peut arriver cette année», a lancé M. Binnion. Et surtout, a-t-il ajouté, il faut trouver une localité qui serait prête à accepter le projet.

«S’il n’y a aucune communauté dans Lotbinière ou Bécancour qui veut notre industrie ou le développement économique, il n’y aura pas de projet», a-t-il fait savoir.

Par ailleurs, Questerre attend également la publication de la réglementation associée au projet de loi 106, devenu la loi 35, qui encadre la fracturation hydraulique. L’entreprise attend aussi la mise en place d’un système de redevances par le gouvernement.

Par la suite, il sera possible de discuter d’un projet-pilote, a conclu le patron de Questerre. De même, il a reconnu que cela pourrait être facilité aussi par l’adoption du projet de loi 102, qui permettrait au ministre de l’Environnement de délivrer une «autorisation à des fins de recherche et d’expérimentation».

M. Binnion a expliqué en quoi consisterait un projet-pilote. Il s’agirait de la mise en place d’une ou deux plateformes, avec un pipeline, un compresseur, en vue de montrer comment les puits sont creusés, comment ils fonctionnent, comment ils produisent, afin de les étudier, de recueillir des données techniques et environnementales, et tester de nouvelles technologies, a-t-il résumé.

À l’Assemblée nationale, l’opposition officielle a dénoncé les intentions de Questerre. Le Parti québécois reproche au gouvernement libéral d’avoir adopté sous bâillon une loi sur les hydrocarbures, le projet de loi 106, qui a «rouvert toute grande la porte» aux gaz de schiste.

«Le ministre des Ressources naturelles sait très bien qu’il a en quelque sorte donné un signal de départ à Questerre, a affirmé le député de Richelieu, Sylvain Rochon, porte-parole en matière de Ressources naturelles. La population (…) veut que le ministre lui garantisse qu’aucune licence ne sera délivrée pour du gaz de schiste.»

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a pour sa part accusé le PQ «d’essayer de faire peur au monde». Il a mis l’accent sur l’encadrement à venir et l’importance du consentement des populations locales.

«On n’est pas contre les projets d’hydrocarbures, mais il faut que ce soient des projets qui jouissent d’une acceptation générale de la population. Et on a des règlements qui sont très stricts, des règlements qui vont être déposés très bientôt», a-t-il dit.

Rappelons qu’au début des années 2010, sous le gouvernement Charest, les activités des entreprises pétrolières qui se lançaient dans la ruée vers les gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent avaient provoqué une levée de boucliers, des manifestations et des affrontements. Leurs activités suscitaient beaucoup de craintes en raison du recours à la fracturation hydraulique.

Le gouvernement péquiste de Pauline Marois avait décrété un moratoire à son arrivée au pouvoir. Le projet de loi 106 adopté en décembre dernier par le gouvernement Couillard contient des dispositions sur le forage par fracturation hydraulique, mais il reconduit aussi la Loi limitant les activités pétrolières et gazières, qui suspend notamment l’obligation imposée aux entreprises de faire des activités sur les zones où elles ont obtenu des droits.

En septembre dernier, le premier ministre Philippe Couillard avait par ailleurs déclaré qu’«il n’y aura pas» de fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent.

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