Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix qualifie de «manque de respect» le refus du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec de remettre en place le crucifix de l’Hôpital du Saint-Sacrement.

La décision de retirer le crucifix a engendré une vive polémique dans la Vieille Capitale, polémique qui a fait boule de neige dans les médias locaux, les réseaux sociaux et le monde politique.

De plus, le CHU a publié un communiqué, mardi, disant avoir reçu «une importante menace à l’intégrité de l’hôpital et de ses dirigeants» en lien avec sa décision de retirer le crucifix, une situation qui a été confiée aux autorités policières de Québec.

Pour sa part, dans un communiqué diffusé mardi, le cardinal Lacroix dit douter que les motivations du CHU «soient bien fondées».

Exprimant sa «vive déception», l’archevêque de Québec évoque à mots couverts le débat sur la laïcité, estimant que le retrait du crucifix «exprime tout le contraire» de la discussion publique «de tolérance, d’accueil, de respect de la différence et d’ouverture» qui a cours présentement.

Le représentant du clergé ne perd pas espoir, cependant, disant avoir «peine à croire que ce soit la fin de l’histoire» et ne cache pas son admiration envers «tous ceux et celles qui ont osé faire connaître leur mécontentement avec respect et conviction.»

Le cardinal s’interroge sur ce qui pourrait être «la prochaine cible», si cette situation n’est pas corrigée.

Reconnaissant que «la vie et l’œuvre de nos prédécesseurs, qu’ils soient des religieux ou des personnes laïques, n’ont sans doute pas été parfaites», il affirme que cela n’empêche pas les citoyens «d’être fiers et respectueux» de leur passé.

Le cardinal Lacroix invite la population à faire connaître son insatisfaction aux autorités et les responsables des hôpitaux et autres institutions publiques à faire preuve des «bons discernements, libres de toute idéologie laïciste.»

Selon lui, «il importe de distinguer la laïcité de la doctrine laïciste, pour favoriser une laïcité ouverte.»

La décision de retirer le crucifix, la semaine dernière, faisait suite à la plainte d’un usager.

Dans une récente lettre à l’archevêché, la direction du CHU de Québec soutient être tenue «à l’obligation de neutralité religieuse de l’État.»

Elle avance comme argument qu’elle doit «respecter en premier lieu les droits de (ses) patients, lesquels sont en quelque sorte captifs de l’institution.»

Sur la base de cette «captivité», elle invoque la position de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse voulant qu’un symbole religieux ne pose pas de problème particulier lié à la Charte des droits et libertés «à moins que ledit symbole n’acquière un caractère coercitif (…) lorsque la clientèle de l’institution est vulnérable, parce que captive, jeune ou influençable, comme dans une école, par exemple.»

Le politique proteste, mais n’intervient pas

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, bien que responsable du réseau, a préféré se laver les mains de la controverse.

«Mon rôle en tant que ministre n’est pas celui de gérer à ce point-là ce qu’il y a sur les murs des institutions du Québec; je n’ai pas l’intention d’intervenir puisqu’il me semble que ce soit de la responsabilité de l’administration locale de faire ce choix-là», a-t-il déclaré à son arrivée au conseil des ministres à Québec.

M. Barrette a toutefois laissé tomber un commentaire dans lequel, en plus de renvoyer la balle au CHU de Québec, il a clairement laissé entendre que celui-ci s’appuyait sur de fausses prémisses pour justifier le retrait du crucifix.

«Il n’y a pas de loi, règle, directive qui oblige dans un sens ou dans l’autre les administrations locales à faire ce genre de choix là.»

Son collègue François Blais, ministre responsable de la région de Québec, n’a pas pris la peine d’emballer sa position aussi subtilement, balayant du revers de la main l’argumentaire de l’institution.

«C’est une erreur parce que, écoutez là, les gens qui ont fait ça ont dit qu’ils l’ont fait pour respecter la Charte des droits et libertés canadienne. On sait bien qu’il n’y a aucun rapport avec ça. C’est une décision administrative.»

M. Blais avait dénoncé la décision une première fois la semaine dernière à la suite du tollé qui s’était élevé au sein de son électorat. En revenant à la charge, il s’en est quand même remis à la direction du CHU.

«J’espère qu’ils vont changer d’avis. On va attendre un peu leur décision», a dit le ministre.

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