MONTRÉAL — La négociation de la convention collective dans le secteur de la construction résidentielle, qui s’annonçait pourtant bien, vient à son tour de prendre un mauvais tournant. La partie patronale soupçonne l’Alliance syndicale de chercher à obtenir le droit de grève le plus tôt possible.

C’est que l’Alliance syndicale vient de demander et d’obtenir la médiation — un processus qui, au bout d’un certain temps, peut mener à l’obtention d’un droit de grève.

La partie patronale du secteur résidentiel, l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), s’étonne d’une telle demande de médiation, qu’elle trouve «prématurée», puisqu’il n’y avait eu qu’une seule rencontre de négociation entre les parties.

Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne mardi, le vice-président au développement stratégique et aux communications de l’APCHQ, François-William Simard, s’est questionné sur la bonne foi de l’Alliance syndicale. Il craint que celle-ci se prépare tout simplement déjà dans le but d’obtenir le droit de grève le plus tôt possible.

«C’est sûr qu’à partir du moment où ils ont demandé la médiation, ils ont le possibilité de déclencher une grève 60 jours après. Donc, c’est sûr que nous, cette demande de médiation de la partie syndicale — alors que la collaboration est au rendez-vous — on s’interroge à savoir si ce n’est pas là une stratégie pour pouvoir déclencher la grève un peu plus rapidement. Et ça, ça nous préoccupe», a confié M. Simard.

L’APCHQ représente 16 500 membres.

Le son de cloche est similaire à l’Association de la construction du Québec — l’association patronale qui négocie pour les secteurs industriel, commercial et institutionnel.

Dans ces secteurs aussi, une demande de médiation avait déjà été formulée par l’Alliance syndicale, enclenchant le même processus vers l’obtention d’un droit de grève.

Le conseiller principal aux relations médias de l’Association de la construction, Éric Côté, parle carrément d’une «action concertée» de la part de l’Alliance syndicale. Il souligne que des dates de rencontres avaient été arrêtées dans les secteurs industriel, commercial et institutionnel, pour être ensuite annulées par l’Alliance.

«À mesure que les dates de rencontres sont annulées et qu’on voit ce qui se passe dans le secteur résidentiel, on peut présumer que c’est une action concertée de la part de l’Alliance syndicale dans le but d’obtenir son droit de grève», a opiné M. Côté.

«Si on était de bonne foi à la table et qu’on voulait que les discussions avancent, on n’annulerait pas des rencontres, on commencerait les discussions. Mais les discussions n’ont toujours pas commencé» avec l’Alliance syndicale, déplore le représentant patronal.

Les conventions collectives dans toute l’industrie de la construction, qui touchent quelque 175 000 ouvriers, sont encore en vigueur jusqu’au 30 avril — donc une hypothétique grève ne pourrait être déclenchée avant le mois de mai.

Mais les mois de mai et juin sont d’une importance cruciale dans l’industrie de la construction. Celle-ci subit d’ailleurs un ralentissement, après le sommet d’activité qui a été atteint en 2012.

Du côté syndical, on fait valoir qu’on n’avait pas le choix de demander la médiation aussi dans le secteur résidentiel, comme on l’avait fait dans les secteurs industriel, commercial et institutionnel, afin que tous les secteurs soient au même niveau d’avancement du processus.

«Nous sommes donc obligés de faire une demande de médiation dans le résidentiel et le génie civil. Cela afin de nous assurer que les travailleurs aient tous les mêmes droits au cours de la négociation, et ce, en même temps», a commenté Michel Trépanier, porte-parole de l’Alliance syndicale.

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