Graham Hughes Graham Hughes / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Un hebdomadaire de la région de Montréal a retiré de son site internet une caricature où les lecteurs du journal papier peuvent voir encore le premier ministre Philippe Couillard s’apprêter à lapider son ex-collègue Fatima Houda-Pepin, lors de la Journée internationale des femmes.

Le «Courrier du Sud», de Longueuil, avait publié la caricature de Jean-Marc Phaneuf la semaine dernière, mais l’hebdomadaire de TC Media a décidé lundi de la retirer de son site internet, à la suite de critiques provenant du cabinet du premier ministre, vendredi.

Dans un courriel, la direction de TC Media explique lundi que lorsque le cabinet du premier ministre a attiré son attention sur la caricature, l’éditeur a reconnu qu’elle était de mauvais goût et offensante, et il l’a retirée de son site internet. TC Media souligne qu’il respecte la liberté d’expression, mais aussi les normes en vigueur dans la communauté. La version papier était déjà imprimée et distribuée dans les foyers.

M. Couillard a précisé lundi que son cabinet n’avait pas exigé le retrait de la caricature, mais plutôt souligné la «perplexité devant le mauvais goût de la chose».

Sous le titre: «8 mars — Journée de « la » femme», la caricature de Phaneuf montre le premier ministre, vêtu d’une djellaba marocaine, une pierre à la main, s’apprêtant à lapider son ancienne collègue du cabinet libéral en lui souhaitant «Bonne fête Fatima!».

Députée libérale à Brossard pendant 20 ans, Mme Houda-Pepin avait été chassée du caucus en 2014 à la suite d’un désaccord profond avec le Parti libéral sur la laïcité de l’État. Contrairement au PLQ et à son chef, elle s’opposait farouchement au port de signes religieux par les employés de l’État ayant un pouvoir de contrainte (policiers, juges, gardiens de prison).

Un meurtre?

Jean-Marc Phaneuf, un caricaturiste de métier, ne voit rien de répréhensible à ce dessin, et il s’insurge contre l’ingérence du cabinet du premier ministre. M. Couillard, quant à lui, appuie la liberté d’expression, mais soutient qu’elle nécessite du jugement. De passage lundi à Roberval, le premier ministre a indiqué qu’il avait vu «un meurtre» dans cette caricature. «Est-ce que vous trouvez que c’est correct, ça? Je vais laisser chaque citoyen en faire le jugement», a-t-il dit.

«Calmez-vous, M. Couillard, il ne s’agit pas de meurtre!, rétorque Phaneuf en entrevue, lundi. Il s’agit de lancer des cailloux à une femme, et vous avez fait beaucoup plus que ça envers Mme Houda-Pepin», soutient-il. «On ne parle pas du petit Jérémie, ici, mais d’idées politiques.»

Selon le caricaturiste, M. Couillard veut «bâillonner les gens qui le critiquent, comme il a tenté de bâillonner une femme qui l’a critiqué». Phaneuf estime aussi que le premier ministre n’a pas eu besoin d’exiger le retrait de la caricature: «Il a juste exprimé ses doléances, ses frustrations, ça a été suffisant.»

Le chef de l’opposition péquiste, Jean-François Lisée, qualifie la critique du premier ministre d’«appel à la censure, le contraire de la liberté d’expression» — que M. Couillard défendait pourtant avec vigueur lors de l’attentat contre «Charlie Hebdo» en France, a-t-il rappelé.

«Quand le bureau d’un premier ministre appelle un hebdo régional — pendant qu’il y a un projet de loi en cours d’étude qui retirerait aux hebdos régionaux une grande partie de leur financement, c’est-à-dire les avis publics —, (et qu’) il leur fait une suggestion, c’est de la censure», a-t-il soutenu. «Là, on comprend un peu mieux cette volonté qu’il (M. Couillard) avait récemment d’interdire les discours haineux.»

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