THE CANADIAN PRESS Bertrand Charest.

SAINT-JÉRÔME, Qc — Bertrand Charest était un entraîneur de ski «passionné» et «visionnaire», et ses jeunes élèves étaient joyeuses et détendues, a assuré lundi la soeur du quinquagénaire accusé d’agressions sexuelles.

Isabelle Charest, elle-même une ancienne skieuse de compétition, est le premier témoin appelé à la barre par la défense au procès de l’ex-entraîneur de ski, qui fait face à 57 chefs d’accusation, notamment d’agressions sexuelles, envers 12 plaignantes âgées de 12 à 19 ans au moment des faits allégués, durant les années 1990. Bertrand Charest, aujourd’hui âgé de 51 ans, est aussi accusé d’abus de confiance puisqu’il était alors en situation d’autorité face à ses présumées victimes.

Mme Charest a elle-même fait du ski de haut niveau, à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Elle a expliqué lundi au tribunal que les meilleurs entraîneurs ne sont pas simplement de bons techniciens: ils doivent aussi être des visionnaires qui savent transmettre leurs connaissances avec passion — comme le faisait Bertrand Charest.

Plusieurs plaignantes sont venues raconter au procès comment l’accusé était un habile manipulateur, passant tour à tour du petit mot gentil à l’insulte, afin de garder une mainmise psychologique sur ses jeunes protégées. D’autres témoins ont aussi soutenu que l’entraîneur lançait des grossièretés aux adolescentes afin de «casser leur caractère».

Isabelle Charest a expliqué lundi que les entraîneurs doivent parfois se montrer très sévères avec les jeunes athlètes, pour leur bien. Elle-même soutient que lors de ses débuts dans la compétition, elle a développé un sentiment amour-haine envers son entraîneur. Ainsi, un jour, il lui avait fait gravir plusieurs fois à pied une pente de ski pour la punir de ne pas se donner à fond, a-t-elle raconté. Selon elle, cette humiliation lui aura permis de progresser dans son cheminement d’athlète.

Échauffer les muscles

Mme Charest a aussi soutenu qu’il y a une trentaine d’années, il était de pratique courante pour les entraîneurs de frotter les jambes et les fesses des élèves afin de garder les muscles bien échauffés et d’activer la circulation sanguine. Elle ignore cependant si cette pratique est toujours en vigueur aujourd’hui.

Isabelle Charest a quitté la compétition vers 1990 et elle est allée étudier aux États-Unis jusqu’en 1995. Elle a ensuite côtoyé l’équipe de ski pilotée par son frère aîné pendant les championnats du monde. Elle a soutenu devant le tribunal qu’il régnait alors au sein de l’équipe une atmosphère de franche camaraderie, et que les filles semblaient être amies avec leur entraîneur.

En 1996, elle a été embauchée par son frère pour diriger l’école de ski qu’il avait ouverte au mont Tremblant, un poste qu’elle a occupé jusqu’en janvier 1997. Mme Charest a expliqué qu’à cette époque, plusieurs skieuses d’élite vivaient chez elle et que l’atmosphère entre les filles était excellente. Elle soutient qu’aucune des plaignantes n’est venue se confier à elle relativement à des agressions présumées.

Isabelle Charest a aussi indiqué au tribunal que son frère aîné n’avait jamais été particulièrement méchant avec elle, et qu’il ne lui avait jamais fait des commentaires à caractère sexuel.

La soeur de l’accusé a été le seul témoin entendu lundi au procès, à Saint-Jérôme. En après-midi, le contre-interrogatoire de la Couronne n’a duré que quelques minutes, sur une question de dates.

La défense a par ailleurs indiqué que Bertrand Charest ne devrait pas témoigner et que trois autres témoins devraient être appelés à la barre d’ici mercredi. Les plaidoiries finales à ce procès devant juge seul pourraient donc débuter dès vendredi.

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