OTTAWA — Une action collective sera intentée contre Boiron Canada, qui commercialise au pays un produit homéopathique antigrippal dont les vertus alléguées sont contestées par une Québécoise.

Le médicament de santé naturelle est l’un des produits phares de la compagnie, l’Oscillococcinum, dont le gardien du Canadien de Montréal Carey Price a notamment fait la promotion.

«Pour mettre la grippe en échec, j’utilise Oscillococcinum dès les premiers symptômes, et ça fonctionne pour moi!», déclarait l’athlète dans un communiqué remontant à l’hiver 2011.

La même année, une consommatrice du Québec en a fait l’achat pour elle-même et son fils âgé de cinq ans, alors que tous deux avaient des symptômes de la grippe.

Or, elle soutient que le produit n’a pas soulagé leurs maux.

La dame s’est donc tournée vers les tribunaux, où elle a d’abord allégué qu’elle n’avait constaté aucun résultat notable, puis que les ingrédients aux vertus curatives de l’Oscillococcinum — coeur et foie de canard — sont si dilués qu’ils ne se retrouvent pas dans le produit final.

«Essentiellement, ils vendent des comprimés de sucre», a tranché son avocat, Jeff Orenstein, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, jeudi.

«Regardez les ingrédients, il y a 85 pour cent de sucrose et 15 pour cent de lactose», a-t-il plaidé.

«Ce qu’ils font, c’est qu’ils ajoutent de l’extrait de coeur et de foie de canard dans une solution si diluée que c’est l’équivalent de lancer un coeur ou un foie de canard dans l’océan Atlantique, prendre une goutte dans cet océan, la déposer dans un comprimé de sucre, le laisser sécher et le vendre entre 16 et 20 dollars en pharmacie», a ajouté l’avocat.

La demande d’autorisation d’exercer une action collective avait été refusée en Cour supérieure en 2015. Le juge du tribunal de première instance avait déterminé que les éléments de preuve étaient insuffisants pour accéder à la requête.

Cette décision a été annulée en octobre 2016 par la Cour d’appel du Québec, selon qui il ne revenait pas au magistrat chargé d’évaluer une autorisation de recours collectif de se pencher sur le fond de l’affaire.

Jeudi matin, en refusant d’entendre l’appel de Boiron Canada, la Cour suprême du Canada a maintenu cette décision. L’avocat de la cliente insatisfaite a donc le champ libre pour entamer les procédures judiciaires, ce qu’il a confirmé avoir l’intention de faire.

Une porte-parole de Boiron Canada, Zoée Matte, a écrit jeudi dans un courriel que les allégations formulées par l’autre camp sont «non prouvées» et que l’entreprise avait par ailleurs «l’intention de contester la demande introductive».

Le médicament de santé naturelle Oscillococcinum est réputé «soulager et réduire la durée des symptômes grippaux: courbatures, maux de tête, fièvre et frissons», est-il indiqué sur le site internet de la compagnie.

Le produit, qui est disponible sur les tablettes des grandes chaînes de pharmacies au Québec, est homologué par Santé Canada.

La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, n’a pas voulu commenter directement la cause, jeudi, mais elle a souligné que le processus de réglementation des produits d’autosoins — ce qui inclut les remèdes homéopathiques — faisait actuellement l’objet d’une révision.

«Je dirai simplement qu’il est d’une importance capitale pour moi de m’assurer que les produits qui se retrouvent sur les tablettes soient sécuritaires, et que si (les compagnies qui les commercialisent) affirment qu’ils ont des bienfaits pour la santé, que les Canadiens puissent croire en ces affirmations», a-t-elle offert en mêlée de presse.

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