Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, déplorait cette semaine les effets d’un sous-financement chronique au sein des forces armées, mais les chiffres semblent suggérer que l’argent ne règle pas tous les problèmes.

La plupart des experts s’entendent pour dire que le problème numéro un, c’est l’approvisionnement: les gouvernements tentent toujours de réduire au maximum les coûts d’acquisition tout en essayant en même temps de stimuler la concurrence et de créer des emplois. Or, il vaudrait mieux choisir l’un de ces trois facteurs, selon des analystes.

«Un seul de ces objectifs serait en soi déjà difficile à atteindre, estime Sahir Khan, vice-président exécutif de l’Institut des finances publiques et de la démocratie, à l’Université d’Ottawa. En réalité, les budgets n’ont jamais été assez importants pour concilier tous ces objectifs.»

Des experts ont estimé que le Canada paie environ 30% de plus parce qu’il tente de concilier les trois facteurs.

Les données du ministère de la Défense, obtenues par La Presse canadienne, sont assez révélatrices de la lenteur de tout le processus d’acquisitions. On apprend par exemple que depuis deux ans, le gouvernement a reporté aux calendes grecques des acquisitions militaires de 12G$ prévues au cours des 20 prochaines années.

Cette année seulement, la Défense nationale prévoit dépenser moins de la moitié de son budget d’acquisitions de 2,7G$ pour des équipements majeurs. Une partie des 12G$ «rééchelonnés», comme disent les libéraux, devrait commencer à être dépensée en 2021-2022, mais pour l’essentiel, il faudrait attendre au moins jusqu’en 2036 — dans une vingtaine d’années.

Selon le gouvernement et l’état-major de l’armée, ce n’est pas ce «rééchelonnement» que visait le ministre Sajjan en parlant de sous-financement cette semaine. Car les sommes allouées par Ottawa pour des acquisitions ne peuvent servir à autre chose: si elles ne sont pas dépensées cette année, elles demeurent disponibles plus tard.

Le ministre Sajjan déplorait plutôt que l’armée ne dispose pas des budgets suffisants à long terme pour acheter tout ce dont elle a besoin en priorité — comme la mise à niveau de deux flottes d’hélicoptères, le soutien aérien pour des unités d’infanterie, et des véhicules pour le génie et la logistique, par exemple.

Le ministre Sajjan doit dévoiler cette année la nouvelle politique de défense du Canada — et il a promis cette semaine que cette politique serait financée adéquatement. Or, des analystes estiment que les libéraux ne régleront pas le problème des acquisitions en injectant simplement plus d’argent.

Sahir Khan croit que les libéraux devraient mettre les besoins de l’armée avant la création d’emplois, sans quoi tout ce débat sera perpétuel.

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