Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — L’architecte de Bombardier et président émérite du conseil, Laurent Beaudoin, s’est dit surpris, jeudi au terme de l’assemblée annuelle, du traitement récemment réservé à l’entreprise ainsi que de la sortie de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Dans une rare sortie publique, l’homme de 78 ans a affirmé qu’il n’était pas «normal» que le bas de laine des Québécois manifeste sur la place publique son opposition à la réélection de Pierre Beaudoin à la présidence du conseil d’administration ainsi qu’à la politique de rémunération de Bombardier (TSX:BBD.B).

«Il me semble qu’ils auraient pu nous parler, a lancé Laurent Beaudoin, après l’assemblée, au cours d’une mêlée de presse. Ce n’est pas normal qu’au Québec on en profite pour faire une sortie comme cela.»

À la suite de la lettre publiée lundi par la CDPQ critiquant la gouvernance de Bombardier, d’autres investisseurs institutionnels, comme le Fonds de solidarité FTQ, Teachers et l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada (OIRPC) ont entre autres refusé d’appuyer la réélection du petit-fils de Joseph-Armand Bombardier en plus de s’opposer aux salaires des patrons.

Laurent Beaudoin, qui a été aux commandes de Bombardier de 1966 à 2005, n’est toutefois pas allé jusqu’à dire que cet épisode allait envenimer la relation entre l’entreprise et la CDPQ, qui détient 53 millions d’actions de catégorie A et B et 30 pour cent de Bombardier Transport.

La Caisse n’a pas voulu réagir aux propos de M. Beaudoin.

Sous les critiques depuis la fin mars après qu’il eut été révélé que les six principaux dirigeants de Bombardier avaient touché une rémunération globale de 32,6 millions $ en 2016, en hausse de 50 pour cent, l’entreprise avait repoussé d’un an, soit jusqu’en 2020, certains paiements qui devaient être versés à compter de 2019.

Sans qualifier la chose de tempête dans un verre d’eau, M. Beaudoin a estimé que l’on avait peut-être «exagéré les choses».

«Je suis un peu déçu, a-t-il affirmé. Ce qui a été construit (au Québec) l’a été de manière permanente. Si la famille (Beaudoin-Bombardier) n’avait pas été là, cela n’aurait pas été construit.»

En dépit de la controverse des dernières semaines, les Québécois devraient continuer d’avoir confiance envers la famille Beaudoin-Bombardier, a dit le président émérite du conseil de la société.

Plutôt calme

Malgré la fronde des caisses de retraite canadiennes et américaines contre la gouvernance chez Bombardier, l’assemblée annuelle du constructeur d’avions et de trains s’est avérée bien moins houleuse que ce à quoi certains s’attendaient.

Le seul changement notable a été la décision de Pierre Beaudoin d’abandonner, à compter du 30 juin, son titre «exécutif» — soit la partie liée à la gestion quotidienne — à la tête du conseil d’administration.

Tous les candidats au conseil ont été réélus. Pierre Beaudoin a récolté le moins d’appuis, avec 92,32 pour cent, et l’approche de l’entreprise en matière de rémunération a été adoptée avec une majorité de 93,47 pour cent.

Ces résultats ne sont guère surprenants, étant donné que la famille Beaudoin-Bombardier, grâce aux actions à droit de vote multiple, contrôle 53,23 pour cent des droits de vote même si elle ne détient qu’environ 13 pour cent des titres en circulation.

Devant quelque 800 personnes réunies dans le centre de finition des avions Global, à Dorval, Pierre Beaudoin a affirmé qu’il était demeuré impliqué dans l’entreprise pour assurer une «transition harmonieuse» avec Alain Bellemare, président et chef de la direction depuis 2015.

«Le temps est venu pour moi de demander au conseil d’administration de procéder à ce changement pour compléter cette transition réussie de deux ans», a dit Pierre Beaudoin, dont le salaire devrait être révisé à la baisse de façon considérable.

Après l’assemblée, Laurent Beaudoin a précisé que son fils vivait une situation qui n’était «pas facile», ajoutant qu’il allait continuer d’aider l’entreprise.

Par courriel, la CDPQ a estimé que l’annonce de Pierre Beaudoin était un «pas dans la bonne direction». Tout comme le Fonds de solidarité FTQ, la Caisse continue toutefois de croire que le conseil de Bombardier devrait être présidé par un membre indépendant.

Pour sa part, le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), Michel Nadeau, a estimé qu’il s’agissait d’un départ qui n’était pas tout à fait complet.

«C’est néanmoins une journée historique, a-t-il dit. Le 1er juillet, pour la première fois en 75 ans, ça ne sera pas un membre de la famille Beaudoin-Bombardier qui va travailler à temps plein dans la direction chez Bombardier. Le rôle sera limité au conseil.»

Au terme de l’assemblée, le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, a répondu aux nombreuses questions sur la rémunération en rappelant à plus d’une reprise que des «gestes concrets» avaient été posés, en référence au report d’une partie des hausses salariales.

«Nous avons pris cela au sérieux car nous sommes sortis publiquement plus tôt», a-t-il affirmé lorsque questionné sur l’image publique de Bombardier.

Sous haute surveillance policière, quelques dizaines de manifestants réunis par des organisations syndicales et Québec solidaire se sont présentés à Dorval pour dénoncer les augmentations de salaires des patrons de l’entreprise avec des slogans et des banderoles.

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