Fred Chartrand Fred Chartrand / La Presse Canadienne

OTTAWA — L’adversaire principal de Maxime Bernier dans la course au leadership du Parti conservateur tente de faire le plein de votes chez ceux qui militent contre l’avortement.

Andrew Scheer a délégué à la manifestation annuelle anti-avortement, sur la colline parlementaire à Ottawa jeudi après-midi, des députés qui l’appuient afin qu’ils le présentent comme «un des trois candidats pro-vie».

M. Scheer a pourtant assuré, dès le début de cette course, que s’il était élu à la tête du Parti conservateur, puis éventuellement premier ministre du Canada, il n’ouvrirait pas à nouveau un débat sur le droit à l’avortement, ni ne proposerait de loi pour interdire la pratique.

Alors que les deux candidats qui font de cette question leur cheval de bataille principal — Pierre Lemieux et Brad Trost — se sont présentés devant les quelques milliers de manifestants pour se faire applaudir, M. Scheer n’y était pas. Six députés de son camp ont défilé, l’un après l’autre, pour l’identifier à la foule comme un des candidats qui portent leurs causes.

Garnett Genuis y est même allé d’une lecture d’un court discours du candidat Scheer à l’intention des manifestants.

«Comme quelqu’un qui est pro-vie, je remercie chacun de vous d’être ici», a lu le député avant d’inviter les manifestants à voter pour son candidat en le plaçant «au haut ou près du haut» de leur bulletin de vote préférentiel.

«J’ai une pancarte ici avec trois candidats pro-vie et je vous demande de mettre les trois noms sur votre bulletin de vote», a lancé Arnold Viersen, brandissant l’affiche avec les noms de Lemieux, Scheer et Trost.

Ses collègues ont, tour à tour, répété qu’il y avait «trois candidats pro-vie» dans cette course et qu’eux avaient choisi M. Scheer.

Les quatre députés québécois qui appuient M. Scheer l’ont fait après avoir eu l’assurance que le candidat ne toucherait pas au droit à l’avortement. «Les députés du Québec, ça a été une des conditions qu’on a mises», a révélé Luc Berthold, au cours d’une entrevue, jeudi après-midi.

Et l’appel de M. Scheer au vote des militants anti-avortement n’ébranle en rien la confiance de M. Berthold. «C’est l’engagement qu’on a eu», quelles que soient les convictions personnelles et affichées de M. Scheer sur l’avortement.

Les groupes qui militent contre le droit à l’avortement ont identifié MM. Lemieux et Trost comme des leaders souhaités pour le Parti conservateur. Mais M. Scheer, même s’il est le seul des trois à avoir de réelles chances de remporter cette course, ne fait pas l’unanimité chez ces groupes.

Dans le camp Bernier, on ne s’émeut pas de la sortie, par procuration, de M. Scheer. «Max respecte le droit de tous les députés d’avoir leurs propres opinions sur les questions morales, et, en fait, sur beaucoup d’autres questions aussi. Ça n’a donc aucun impact», de l’avis de Tony Clement qui a abandonné ses ambitions pour la chefferie avant de donner son appui au député beauceron.

Quelques milliers de manifestants, une contre-manifestation et une controverse

La foule, qui a l’habitude de ce genre de rendez-vous, était moins fournie que par les années passées. On y retrouvait les slogans habituels sur les banderoles: «Protégez les droits des enfants à naître» et, en cette année de 150e anniversaire du Canada, une variation sur le thème de l’hymne national: «Car ton bras sait porter la vie».

Un petit groupe de contre-manifestants était maintenu à l’écart, grâce à des clôtures et des policiers. Dans les mains de cette centaine de manifestants, des cintres avec l’inscription «plus jamais» et des affiches où on pouvait lire «Ne touchez pas à nos droits».

La Ville d’Ottawa a fait flotter pendant quelques minutes le drapeau officiel de cette manifestation, ce qui a provoqué la réaction immédiate de sept conseillers municipaux. Ceux-ci ont réclamé qu’on abaisse tout de suite le pavillon qui représente «une conviction personnelle qui restreint le droit des femmes à des avortements légaux et sécuritaires». Or, une politique de la Ville interdit les drapeaux qui proclament «une conviction personnelle».

L’intervention des conseillers municipaux et les protestations sur les réseaux sociaux ont rapidement eu raison du drapeau.

Note aux lecteurs: Corrige le nom du député Genuis

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