Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

WASHINGTON — La ministre Chrystia Freeland dévoilera au début du mois de juin la nouvelle politique du gouvernement libéral en matière d’affaires étrangères, en précisant les quatre grandes colonnes du temple: le développement international, la diplomatie, la défense et le commerce.

Ce discours majeur doit précéder de quelques jours le dévoilement, aussi très attendu, de la nouvelle politique de défense du Canada, prévu le 7 juin.

En entrevue mardi au dernier étage de l’ambassade du Canada à Washington, qui surplombe le Capitole, Mme Freeland, qui est aussi ministre responsable du commerce Canada-États-Unis, a cependant prévenu que ce discours ne visera pas à souligner les divergences de points de vue entre les deux pays, mais plutôt à élaborer une politique foncièrement canadienne.

La ministre, dont le père cultive le colza en Alberta, parle d’une politique «à la canola» qui, comme cette huile, sera typiquement issue de son terroir.

Selon des sources bien informées, le discours devrait vanter les mérites des sociétés ouvertes, du libre commerce, du pluralisme et des droits de la personne. Mais cette rhétorique aura tôt fait d’attirer les comparaisons avec l’administration de Donald Trump. Car à Washington, certains de ces grands principes sont tombés en désuétude de nos jours. Dans ce pays qui carbure au slogan «les États-Unis d’abord», on n’entend plus guère les responsables du gouvernement parler d’ouverture du commerce et des frontières, ou de propagation des valeurs américaines dans le monde.

Donald Trump a déjà annoncé une réduction importante des budgets alloués à la diplomatie et au développement international. Dans son discours d’assermentation, il regrettait déjà que des fonds publics américains aient servi à bâtir des routes et à constituer des armées à l’étranger. Il hésite par ailleurs à critiquer les violations des droits de la personne commises par les dirigeants de pays comme la Turquie, les Philippines ou la Russie.

La menace russe?
Mme Freeland était accompagnée à Washington cette semaine par son collègue à la Défense, Harjit Sajjan, qui doit lui aussi dévoiler bientôt une importante mise à jour de la politique canadienne, promise par les libéraux tout de suite après leur arrivée au pouvoir en octobre 2015. Cette nouvelle politique a déjà commencé à circuler dans les capitales des alliés du Canada.

Les deux ministres canadiens ont par ailleurs dîné cette semaine avec leur homologue américain respectif — le secrétaire d’État, Rex Tillerson, et le secrétaire à la Défense, James Mattis.

Mme Freeland souligne qu’il faudra maintenant expliquer clairement aux Canadiens les risques que le pays devra affronter. Le Canada s’apprête à déployer des centaines de militaires en Lettonie, où il dirigera la force de l’OTAN pour protéger cette frontière avec la Russie. Des responsables militaires s’attendent déjà à ce que l’armée canadienne soit la cible de cyberattaques des Russes.

La ministre Freeland connaît bien la susceptibilité de Moscou: elle est interdite de vol en Russie pour son soutien passé à l’Ukraine lors de l’annexion de la Crimée par la Russie. Elle soutient que les Canadiens doivent être conscients des menaces que fait peser le nouvel arsenal hybride, mélange d’armes traditionnelles et de cyberattaques. Mais il faut bien, selon elle, maintenir en l’état les frontières en Europe de l’Est — qu’elle qualifie de pierre angulaire de l’ordre mondial depuis la Seconde Guerre mondiale.

«Relever un défi, c’est s’exposer à des risques — autrement, ce ne serait pas un défi», prévient-elle. «Nous devons être conscients de ces risques. Conscients des défis que représente le nouvel arsenal hybride. Mais je suis convaincue de la résilience des Canadiens (…) Je suis persuadée que notre pays saura relever ces défis.»

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