Fred Chartrand Fred Chartrand / La Presse Canadienne

OTTAWA — Rona Ambrose était devenue chef intérimaire des conservateurs fédéraux en promettant de dénicher les leaders de demain: apparemment, cela ne voulait pas dire qu’elle voterait pour le chef d’aujourd’hui.

Mme Ambrose ne prend effectivement pas part au scrutin postal qui se clôturera le 27 mai à l’occasion du congrès à la chefferie du Parti conservateur du Canada, à Toronto.

Dans une entrevue de fin de mandat, cette semaine, Mme Ambrose explique qu’elle souhaite conserver sa neutralité jusqu’au bout. Elle offre d’ailleurs ce conseil à celui ou celle qui deviendra chef: rallier toutes les forces du parti. C’est là aussi le seul conseil que lui a prodigué son prédécesseur, Stephen Harper: rien ne compte davantage que le caucus.

Lorsqu’elle a contemplé le caucus au lendemain de la défaite électorale d’octobre 2015, Mme Ambrose a dû admettre que l’essentiel de la mémoire et de l’expérience de ce parti avait fondu dans les urnes. Elle aurait pu suivre le courant et quitter la politique: elle a décidé non seulement de rester mais de briguer la direction intérimaire, afin de conserver ce que M. Harper avait construit et de jeter des bases pour l’avenir de ce parti.

Mme Ambrose a annoncé cette semaine qu’elle quittera la politique fédérale pendant l’ajournement d’été aux Communes, en juin. Elle estime aujourd’hui qu’elle partira avec le sentiment d’avoir redonné confiance aux députés vétérans et d’avoir stimulé l’ardeur des nouveaux.

Le parti n’était pas vraiment préparé à la succession de Stephen Harper: Mme Ambrose a mis en place une stratégie, qui prévoyait notamment de nommer des députés anciens et nouveaux à des postes stratégiques dans le «cabinet fantôme», pour donner à ces «leaders de demain» l’occasion de s’illustrer, sans nécessairement savoir s’ils seraient candidats dans la course à la direction du parti — elle cite notamment Lisa Raitt et Andrew Scheer, qui se sont effectivement lancés.

À la Trump ?

Dans sa «nouvelle vie», Mme Ambrose sera professeure invitée au Wilson Centre, à Washington, où elle mettra l’accent sur les relations canado-américaines. Son passage tombe à point nommé, alors que devrait s’amorcer, dans trois mois, la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain.

Selon elle, d’ailleurs, l’Aléna illustre parfaitement pourquoi les politiques populistes qui ont porté Donald Trump au pouvoir aux États-Unis ne fonctionneraient pas au Canada. Car cet accord, soutient Mme Ambrose, a porté ses fruits au Canada — il a sauvé notamment l’industrie des sables bitumineux en Alberta. Sans compter l’assurance-maladie universelle, qui n’est plus un enjeu au pays.

«Je ne crois pas que les Canadiens seraient sensibles (à cette rhétorique populiste): au Canada, le spectre politique se situe plus au centre, et c’est là que les partis se font élire.»

Pourtant, certains candidats à la direction du parti n’hésitent pas à effectuer un virage serré à droite, notamment en matière d’immigration. Des candidats ont été rapidement accusés de vouloir gouverner «à la Trump», et ils ont été rapidement épinglés par leurs adversaires.

Maxime Bernier a ainsi qualifié Kellie Leitch de «Trump de karaoke» — son programme prévoit notamment des «tests de valeurs canadiennes» pour les nouveaux arrivants. M. Bernier espère tout de même que les immigrants ne voudront pas changer la fibre canadienne. De façon générale, plusieurs conservateurs souhaitent un certain resserrement de l’immigration.

Mme Ambrose refuse de se prononcer, si ce n’est que pour rappeler des seuils d’immigration qui ont atteint des niveaux records pendant le régime Harper, et le mouvement de solidarité des conservateurs pour les Yézidis d’Irak.

S’il y a une leçon à retenir de l’élection présidentielle aux États-Unis, selon Mme Ambrose, c’est qu’il faut savoir constamment écouter le peuple. «On doit toujours se rappeler pour qui on est élu: pas pour ses politiques personnelles, ses idéologies, mais pour servir les intérêts des travailleurs.»

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