Adrian Wyld

OTTAWA — Citant le difficile passage de «ministre senior» à député d’opposition «qui pose des questions», l’ancien lieutenant de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel, a annoncé lundi qu’il tirait un trait sur la vie politique.

Après avoir piloté plusieurs ministères et occupé le poste de chef intérimaire adjoint du Parti conservateur, il ne se voyait pas retourner siéger comme député pour réclamer des comptes au gouvernement, même si ce rôle est «fondamental pour la démocratie canadienne».

Le député Lebel ne s’en cache pas: se retrouver dans les banquettes de l’opposition à Ottawa après environ une décennie au pouvoir — et sept années à prendre une multitude de décisions «au quotidien» à la mairie de Roberval — a été dur à encaisser.

«J’ai eu de la difficulté à passer du gouvernement à l’opposition», a-t-il lancé lundi après-midi en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, alors qu’il se trouvait en voiture, sur la route entre Roberval et Ottawa.

«Après avoir été maire, je suis arrivé au gouvernement, et pas longtemps après, je suis devenu ministre, puis ministre senior et bras droit du premier ministre. Vous comprendrez qu’au niveau de la courbe de décision, il y avait une rupture importante», a élaboré M. Lebel.

Un peu plus tôt, en conférence de presse à Roberval, celui qui a notamment été ministre de l’Infrastructure, des Transports et des Affaires intergouvernementales au sein du gouvernement Harper, a dit partir avec le sentiment d’avoir «atteint ses objectifs».

Dans sa déclaration d’ouverture devant les journalistes, il a cité le nouveau pont Champlain parmi les réalisations dont il demeurera le plus fier et remercié «de tout (son) coeur» Stephen Harper, qui «aura été, dans l’histoire, un grand premier ministre».

Le député de Lac-Saint-Jean âgé de 63 ans reste discret sur ses projets d’avenir. «J’ai des choses qui se trament. Je vous avoue que depuis la dernière élection, j’ai eu quelques approches, et là, j’ai des choses qui continuent à se discuter», a-t-il signalé à l’autre bout du fil.

Mais «c’est clair que ce ne sera pas en politique», a-t-il prévenu. Et c’est aussi clair, à moyen terme, qu’on ne verra pas son visage sur une pancarte pour les prochaines élections provinciales du Québec, en octobre 2018.

«Il y avait beaucoup de rumeurs sur le fait que je serais allé à Québec, mais ce n’est pas le cas. Ce n’est vraiment pas dans ce sens-là que je veux continuer mon service», a assuré Denis Lebel.

Le nouveau chef des troupes conservatrices, Andrew Scheer, a salué par voie de communiqué le boulot qu’a abattu «Denis, un fier bleuet», pour le rôle qu’il a joué dans la constitution de l’équipe de candidats du Québec aux dernières élections.

«Grâce au travail effectué par Denis avant et pendant la dernière élection générale en 2015, notre parti a connu les meilleurs résultats de son histoire en faisant élire 12 députés conservateurs au Québec», a souligné M. Scheer.

De son côté, le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a offert ses meilleurs voeux à ce collègue avec qui il a toujours eu de «bons rapports» et avec qui il «rigolait souvent». Il a cependant souligné que partir «un an et demi après une élection générale, c’est un peu tôt».

L’annonce du départ de Denis Lebel survient quelques semaines après que la chef intérimaire qu’il a épaulée depuis novembre 2015, Rona Ambrose, eut confirmé qu’elle accrochait aussi ses habits de députée fédérale.

Il faudra donc déclencher les sixième et septième élections complémentaires depuis les dernières élections d’octobre 2015. Chacun de ces scrutins coûte «en moyenne 950 000 $», ou «entre 650 000 $ et 1,2 million $», a indiqué lundi Mélanie Wise, porte-parole d’Élections Canada.

Le député Boulerice se dit curieux de voir si, dans la circonscription de Lac-Saint-Jean, les électeurs opteront pour «un député conservateur si ces gens-là ça ne leur tente pas de jouer leur rôle dans l’opposition».

Le principal intéressé n’a pas voulu s’éterniser sur le sujet. «Je vous dirai que quand j’avais quatre ministères, j’avais un seul salaire de ministre. (…) Je pense avoir toujours travaillé à donner un bon service et travaillé pour qu’il y ait un retour à la population», a-t-il tranché.

Aux élections d’octobre 2015, dans le comté de Lac-Saint-Jean, Denis Lebel l’avait emporté avec 33,3 pour cent des voix devant la néo-démocrate Gisèle Dallaire, qui avait amassé 28,5 pour cent des suffrages. Les candidats bloquiste (18,4 pour cent) et libéral (18,3 pour cent) les suivaient.

Ouellet renonce à se présenter

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, a écarté lundi en marge d’un point de presse l’idée de profiter de cette vacance de siège qui vient d’apparaître au Lac-Saint-Jean pour tenter de se faire élire comme députée fédérale.

«On ne se présente pas dans des comtés de façon temporaire. C’est pas sérieux pour les citoyens qui sont là», a fait valoir celle qui cumule les fonctions de leader bloquiste à Ottawa et de députée indépendante du côté de l’Assemblée nationale.

«C’est important de respecter les régions et d’avoir des gens qui proviennent des régions et qui connaissent leur région. J’adore le Saguenay—Lac-Saint-Jean, mais ce n’est pas une région que je connais beaucoup», a ajouté l’élue qui représente une circonscription de Longueuil.

Note aux lecteurs: Ceci est une version corrigée. Une version précédente contenait des résultats erronés de l’élection de 2015 au dernier paragraphe. Ils ont été corrigés et inclus plus haut dans le texte mis à jour.

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