TC Media | Steve Caron

MONTRÉAL — L’Union des producteurs agricoles (UPA) a formé en un an 600 «sentinelles» pour repérer les signes de détresse psychologique chez les agriculteurs, qui sont surreprésentés en matière de comportements suicidaires.

En partenariat avec l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), l’UPA a conçu une formation de sept heures s’adressant notamment aux professionnels du milieu agroalimentaire qui côtoient ses membres.

Le responsable du dossier, Pierre-Nicolas Girard, explique avoir fait appel aux vétérinaires, aux comptables et aux camionneurs, entre autres, pour identifier les agriculteurs aux prises avec des problèmes de santé mentale, les référer aux ressources adéquates et les soutenir d’ici à ce que des spécialistes prennent la relève.

On ne dispose pas de statistiques récentes sur le suicide chez les agriculteurs québécois, mais selon l’AQPS, dans les années 1980, ce taux atteignait le double de ceux des autres hommes de même âge.

Citant la chercheuse Ginette Lafleur, l’Association met notamment en cause une réalité de travail exigeante, avec «un stress quotidien, une immense pression à la performance, de l’endettement, des crises agroalimentaires qui ont dévalorisé la profession et l’effritement de la solidarité rurale».

Dans ce métier, vies personnelle et professionnelle sont entremêlées, avec peu de zones de repli, et les difficultés financières de la ferme affectent durement le budget familial, précise-t-on.

«Ce sont des entrepreneurs qui doivent concilier le travail et la famille dans un même lieu et qui font des heures de travail assez importantes qui font accumuler de la fatigue des fois extrême», souligne M. Girard, lui-même un retraité de l’UPA.

Ginette Lafleur, qui, dans le cadre de son projet de thèse, s’est entretenue avec 1826 producteurs de lait québécois, suisses et français, suggère que le fait d’abattre les animaux souffrants change leur rapport avec la mort.

Ils adhéreraient d’ailleurs davantage à un modèle traditionnel de la masculinité — ce qui dissuaderait certains de demander de l’aide.

«Reconnaître qu’on a un problème de santé mentale, ce n’est pas évident, surtout quand on est un homme. Pour un agriculteur, c’est une coche au-dessus parce qu’on travaille beaucoup, on ne peut pas quitter la ferme n’importe quand ni pour une longue durée», expose M. Girard.

«Souvent quand on fait l’analyse de cas de suicides, le producteur a dormi trois ou quatre heures par nuit pendant une certaine période, puis il arrive un problème financier, un bris de machinerie, un incendie sur la ferme. La relève démontre peu d’intérêt à l’acquérir. Ce sont des éléments qui font déborder le vase», a-t-il soutenu, en entrevue avec La Presse canadienne.

«Le métier restera toujours difficile, a-t-il reconnu. Mais nous, à l’UPA, on préconise un meilleur équilibre de vie.»

L’UPA, qui représente 41 000 producteurs agricoles à travers la province, se donne pour objectif de recruter un millier de sentinelles agricoles.

«Quand ça vient d’un professionnel avec qui il a déjà une relation de confiance, on sait que le producteur va avoir plus d’ouverture», avance M. Girard.

Il fait déjà état d’une plus grande propension des membres à consulter des professionnels en santé mentale.

L’UPA lance en parallèle une collaboration avec l’Ordre des psychologues du Québec pour adapter leurs services auprès de cette clientèle rurale et elle est déjà récompensée pour ses efforts.

Le mois dernier, l’AQPS l’a désignée sa «Partenaire de l’année» 2015-2017.

«L’UPA a embrassé la cause avec la conviction profonde qu’il est possible d’éviter les pertes de vie par suicide et avec la volonté ferme de valoriser la place fondamentale qu’occupent les agriculteurs dans la société québécoise», a déclaré par communiqué le directeur général de l’AQPS, Jérôme Gaudreault

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