Paul Chiasson

MONTRÉAL — Les risques du transport par train de marchandises dangereuses ont été mis en évidence de manière tragique il y a quatre ans, lorsqu’un train transportant du pétrole a déraillé et s’est renversé au centre-ville de Lac-Mégantic, tuant 47 personnes.

Mais pendant que la petite ville de l’Estrie se reconstruit, certains ingénieurs de l’Université Concordia, à Montréal, travaillent à concevoir un modèle mathématique qui pourrait aider à prévenir des désastres ferroviaires similaires.

Le projet, dirigé par l’étudiant au doctorat Omar Abuobidalla, vise à concevoir un modèle qui prendrait en compte divers facteurs de risque liés à un trajet de train donné, afin de permettre aux opérateurs de prendre la meilleure décision sur la route à suivre, a indiqué l’un des superviseurs du projet.

Mingyuan Chen, professeur au département de génie mécanique et industriel à Concordia, a expliqué qu’une investigation pourrait permettre d’identifier des segments de voies ferrées ou des lieux «très dangereux» et de leur donner un poids plus important dans le modèle.

La solution émanant du modèle mathématique aiderait par la suite à éviter ces endroits, a-t-il ajouté.

Par exemple, la version finale du modèle pourrait inclure des facteurs de risque tels que la population dans un secteur, le type de matériel transporté, et même l’inclinaison de la voie ferrée — dont certains pourraient avoir contribué à la tragédie de Lac-Mégantic.

Si les risques sont jugés importants, le modèle pourrait suggérer un autre trajet si cela est possible, ou suggérer une recommandation comme la réduction de la vitesse, a indiqué M. Chen.

L’équipe — formée de deux superviseurs, de M. Abuobidalla et d’un étudiant à la maîtrise — s’attarde encore à établir les équations mathématiques pour calculer le risque de la manière la plus précise possible sans que la complexité soit prohibitive à l’usage du produit final.

Certains résultats pourraient être disponibles dans un an, mais les résultats finaux de l’étude, qui est financée en partie par le Canadien National, ne sont pas attendus avant deux ans, voire plus.

M. Chen a affirmé que ce serait «trop s’avancer» de suggérer que le travail de son équipe pourrait empêcher un autre désastre comme celui survenu à Lac-Mégantic, étant donné les divers éléments en cause dans un tel accident.

Il a aussi souligné que d’autres solutions sont proposées par des chercheurs, les gouvernements et les entreprises ferroviaires.

Le gouvernement fédéral, par exemple, a annoncé une série de mesures, notamment la réduction de la vitesse des convois dans les secteurs urbains, la divulgation aux municipalités du type de marchandises dangereuses qui risquent de traverser leurs territoires, et le retrait des vieux wagons DOT-111.

Tout de même, le professeur a dit croire que les recherches sont prometteuses.

«L’influence de telles recherches, incluant les nôtres, réduirait grandement le risque de la reproduction de tels événements», a-t-il estimé.

Reconstruction: Lac-Mégantic veut devenir un «modèle inspirant»
Pendant que les législateurs continuent de rechercher des moyens d’améliorer la sécurité ferroviaire, les résidants de Lac-Mégantic se préparaient, mercredi, à souligner un autre sombre anniversaire du déraillement du 6 juillet 2013.

«Nous pouvons ressentir depuis quelques jours que les gens sont quelque peu différents, certains sont inconfortables», a confié Sonia Dumont, une porte-parole du comité de reconstruction de la ville.

Mme Dumont a affirmé qu’après des années de planification et de travaux de décontamination, Lac-Mégantic est avancée dans le processus de reconstruction.

«(La reconstruction) est faite en fonction d’une vision écoresponsable, c’est-à-dire qu’elle met l’humain au centre du développement en tenant compte de l’environnement, de l’aspect économique, et de l’aspect social. (…) Il y a aussi une ouverture à d’autres façons de faire pour s’assurer de regarder les meilleures pratiques ailleurs», a soutenu la porte-parole du Bureau de reconstruction du centre-ville de Lac-Mégantic.

«On pense qu’on peut devenir un modèle inspirant pour d’autres municipalités sur la façon qu’on a et qu’on aura de se reconstruire différemment», a poursuivi Mme Dumont.

La construction de plusieurs nouveaux projets, incluant un nouveau parc, une allée piétonnière et un espace communautaire multifonctionnel, s’amorcera cet automne, a-t-elle mentionné.

Pendant que les projets fleurissent, les résidants n’abandonnent pas leurs appels pour une voie de contournement qui ferait passer les trains à l’écart du coeur de la ville.

Les gouvernements fédéral et du Québec ont financé une étude de faisabilité sur la question, et le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement a aussi amorcé des audiences en mai.

«Les projets sont en cours dans le secteur du centre-ville et nous allons de l’avant, mais gardons toujours en tête que dans un avenir rapproché nous voudrons, nous nous attendons à voir une voie de contournement», a-t-elle fait valoir.

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